Il n’est pas sûr que l’on dispose d’un concept commun de ce qu’est la « critique » : il apparaît même que la notion recouvre des démarches qui sont presque toutes opposées sur un plan épistémologique.
Pour certains, comme l’École de Francfort, la théorie critique débouche sur une tâche de reconstruction de grands édifices moraux, normatifs.
Judith BUTLER (2) insiste au contraire, dans le sillage de Michel FOUCAULT (3), sur la suspension des catégories du jugement comme condition même au maintien d’une attitude authentiquement critique.
La critique semble alors prise dans une alternative qui vise sa méthode et son devenir :
N’oublions pas que dans la longue histoire du concept de critique, il existe une autre voie esquissée par Karl MARX qui évite ce double écueil (5). Pour lui, la critique n’est ni une étape vers la refondation d’une doctrine morale, ni une forme inquiète de subjectivité. C’est une médiation stratégique entre le travail théorique et la lutte politique.
Bernard MÉRIGOT
RÉFÉRENCES
1. CHAMAYOU Grégoire, « Qu’est-ce que la critique ? » (23 mai 2012). Philosophe, chercheur au CERPHI (CNRS-ENS).
2. BUTLER Judith, « What is Critique ? An essay on Foucault’s virtue », The Judith Butler Reader, Blakwell, Oxford, 2004, pp. 302-322.
3. FOUCAULT Michel, « Qu’est-ce que la critique ? », Bulletin de la Société Française de Philosophie, 1990 (1978), vol. 84, n°2, pp. 35-63.
4. KANT Emmanuel, Critique de la raison pure, 1787, préface de la seconde édition.
5. MARX Karl, Lettres à Arnold Ruge, mai/septembre 1843.