RÉFÉRENCES
MÉRIGOT Bernard, «Les nouvelles exigences du bonheur citoyen. Voeux 2014», La Lettre de Bernard Mérigot, 1er janvier 2014, 1 p.
COMMENTAIRE du 12 janvier 2014
« Merci de vos vœux fidèles toujours accompagnés de vos réflexions et actions pour tenter d’améliorer le fonctionnement de notre société où la fraternité est de plus en plus oubliée. Je vous adresse les miens les plus sincères pour vous même et les vôtres, mais aussi pour le succès des batailles que vous menez pour plus de démocratie et de respect de l’autre, conditions de succès du « vivre ensemble » de notre société.
A.B. »
Mention du présent article http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819 Dépôt légal du numérique, BNF 2014
FORMULER DES VŒUX
EST UNE FAÇON D’INVOQUER LE BONHEUR
Frédéric LENOIR rappelle que pour l’Antiquité, comme pour l’Orient, le bonheur n’existe pas de façon isolée. Les Grecs conçoivent l’harmonie politique comme étant supérieure à l’équilibre individuel : on ne peut être heureux sans participer de manière active au bien de la cité. Les stoïciens lient le bonheur du sage à son engagement et à son civisme. « Le bonheur individuel prôné par Platon, Aristote, Confucius ou Bouddha ne se conçoit que dans une vision holistique où l’individu n’est pas séparé du groupe, de la cité et de la communauté. » (2)
LE BONHEUR DÉMOCRATIQUE EXISTE-IL ?
Saint-Just qualifie le bonheur d’ « idée neuve ». Quant aux fondateurs de la Déclaration d’indépendance américaine, ils érigent cette idée neuve en principe constitutionnel. Les représentants de 13 états signent le 4 juillet 1776 une « Déclaration unanime » dans laquelle ils écrivent :
« Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. » (3)
Par deux fois le droit au bonheur (Happiness) est affirmé. Le bonheur individuel est une part inséparable des conditions qui permettent le bonheur de la société. Dans ces conditions, tout ce qui s’oppose au bonheur social, s’oppose aussi au bonheur individuel.
Le philosophe américain John DEWEY, créateur notamment de la « démocratie expérimentale », formule en 1939 les principes d’une « démocratie créatrice » qu’il défend en combattant tout ce qui lui porte atteinte et en énonçant les trahisons de la vie démocratique.
LES 9 TRAHISONS DE LA VIE DÉMOCRATIQUE
« L’intolérance, les insultes, les mauvais traitements pour des divergences d’opinion en matière de religion, de politique ou de commerce, et en raison de différences de race, de couleur, de fortune ou de niveau de culture sont des trahisons du mode de vie démocratique. Tout obstacle à une communication libre et complète dresse des barrières qui séparent les individus en cercles et en cliques, en sectes et en factions antagonistes, et mine par le fait même le mode de vie démocratique.
Les lois garantissant les libertés civiles telles la liberté de conscience, la liberté d’expression ou la liberté de réunion ne sont guère utiles si, dans la vie courante, la liberté de communiquer, la circulation des idées, des faits, des expériences sont étouffées par le soupçon mutuel, par l’injure, par la peur et la haine.
Ces choses détruisent la condition essentielle du mode de vie démocratique avec encore plus de sûreté que la coercition pure, qui – l’exemple des états totalitaires en témoigne – agit seulement lorsqu’elle parvient à nourrir la haine, la méfiance et l’intolérance dans l’esprit des individus. » (4)
Les neuf trahisons de la vie démocratique sont :
LES NOUVELLES EXIGENCES
DU BONHEUR CITOYEN
Alexis de TOCQUEVILLE pense que la vie politique des démocraties se dirige vers une simplification, se ramenant à des questions d’arithmétique pour compter les suffrages. Nous constatons aujourd’hui que l’évolution est allée, à l’inverse, vers la complexification. Comme le constate Pierre ROSANVALLON, aujourd’hui « aucun parti ne peut prétendre incarner le peuple à lui tout seul » (5)
La légitimité des régimes démocratiques doit sans cesse être reformulée. Trois conditions impératives doivent-être remplies.
La vie démocratique exige l’organisation d’un dualisme entre, d’une part, les institutions du monde de la décision majoritaire, et d’autre part, les institutions qui se rattachent à un impératif de justification appartenant à un autre ordre.
La participation et la proximité sont de nouvelles exigences que les citoyens manifestent à l’égard de ceux qui exercent le pouvoir. La démocratie n’est plus un pouvoir qui se juge à l’aune des décisions qu’il prend. Les citoyens sont de plus en plus exigeants à l’égard de la façon dont les pouvoirs locaux les respectent et les prennent en considération.
L’urgence commande de quitter les formes intermittentes de la démocratie pour rejoindre et développer la démocratie permanente.
Que l’année 2014 soit propice à ces évolutions indispensables.
Bernard MÉRIGOT
RÉFÉRENCES
Mention du présent article http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819 Dépôt légal du numérique, BNF 2014
LE JUSTE POUVOIR ÉMANE DU CONSENTEMENT DES GOUVERNÉS
Il est intéressant de relire ce qu’écrivaient les délégués des treize états américains réunis à Philadelphie en 1779. « Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. » (1)
Quel que soit le jugement que l’on porte sur l’évolution de la société américaine depuis maintenant plus de deux siècles, sur ses réussites comme sur ses échecs, ce texte est une occasion de réfléchir aux façons de parvenir au bonheur démocratique, à l’égalité de tous, à la reconnaissance des droits inaliénables des citoyens.
Aucun gouvernement ne peut-être reconnu comme tel sans le consentement des gouvernés. Il est intéressant de relever que les fondateurs de la nation américaine justifient son existence, non par rapport aux droits que le pouvoir peut exercer, mais par rapport aux devoirs qu’il doit remplir. Les premiers devoirs ne sont pas ceux des citoyens à l’égard du pouvoir, mais ceux du pouvoir à l’égard des citoyens. C’est ce que nous ont transmis les délégués de 1779.
Ils établissent d’abord une évidence : le pouvoir politique peut être destructeur des buts qu’il est censé poursuivre.
Ils reconnaissent ensuite un droit essentiel : il est légitime que le peuple change ou abolisse un pouvoir lorsqu’il est destructeur de la vie, de la liberté, du bonheur.
NON À UNE DÉMOCRATIE INTERMITTENTE ET LACUNAIRE !
Pierre MENDÈS-FRANCE fixait deux conditions d’existence de la démocratie. Il écrivait : « La démocratie, c’est partout et en tout temps » (La République moderne, Gallimard, 1962).
On ne peut pas accepter que la démocratie soit intermittente. La démocratie locale, ce n’est pas une fois tous les six ans… et le reste du temps l’exercice d’un pouvoir sans partage ni contrôle.
On ne peut pas accepter que la démocratie soit lacunaire. La démocratie locale, ne s’applique pas de façon discontinue, là et pas ailleurs, dans un domaine et pas dans un autre. On ne peut pas accepter que la démocratie ne soit pas transparente. Tout citoyen doit avoir accès à tous les documents publics.
On ne peut pas accepter que la démocratie soit immuable, s’enfermant dans les refus répétitifs.La vie collective doit rechercher, de façon permanente, une amélioration continue, un partage des pouvoirs, des débats ouverts, de la concertation, du consensus… Toute rupture d’un maillon de la chaîne démocratique altère la démocratie toute entière.
Lorsque le pouvoir refuse à un citoyen ce à quoi il a droit, ce à quoi il aspire légitimement, et qu’il répond « C’est comme ça, rien ne m’oblige, j’applique la loi », nous répondons : si les lois ne protègent pas et ne défendent pas les citoyens comme il le faudrait, il appartient au législateur de les changer, de les améliorer, de les perfectionner.
AUX ADHÉRENTS DE MIEUX ABORDER L’AVENIR. Je n’oublie pas tous ceux qui, au tournant de la fin de l’année 2009, m’ont témoigné leur soutien. Ce qui a pu être réalisé depuis n’aurait pas été possible sans eux. Le site http://www.savigny-avenir.info en fait partie. Je les remercie de leur fidélité.
Bernard MÉRIGOT
RÉFÉRENCES
1. «Au Congrès, 4 juillet 1776, La Déclaration unanime des treize états d’Amérique».
2. «In Congress. The unanimous Declaration of the thirteen united States of America, July 4, 1776».
« We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness, that to secure these rights, Governments are instituted among Men, deriving their just powers from the consent of the governed, that whenever any Form of Government becomes destructive of these ends, it is the Right of the People to alter or to abolish it, and to institute new Government, laying its foundation on such principles and organizing its powers in such form, as to them shall seem most likely to effect their Safety and Happiness. »
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2013
Les vœux personnels et les vœux collectifs sont liés : les uns ne vont pas sans les autres. Qu’ils soient marqués pour vous, destinataires de ce message, par deux idées fortes : la durabilité et l’amélioration continue. De nos actions, de nos pratiques.
Agissons. Pour changer aussi bien nos gouvernances individuelles (la façon dont nous nous gouvernons nous-mêmes) que nos gouvernances collectives (la façon dont nous sommes acteurs des gouvernances citoyennes).
Que 2012 soit porteuse de solidarités, d’harmonies et de satisfactions !
Bernard MÉRIGOT
« De plus en plus de citoyens se sentent dépassés, délaissés, mal défendus par l’État », telle est l’alerte que Jean-Paul DELEVOYE (1) a lancée en 2010. Observant la montée des violences, il constatait l’existence à la fois « d’une droite de plus en plus enfermée dans un discours sécuritaire de la peur de l’autre et d’une gauche de plus en plus enfermée dans un discours d’empathie conduisant à l’assistanat généralisé. »
Je retiens cette idée du sentiment généralisé de dépassement, de délaissement, d’abandon ressentis par un nombre croissant de citoyens français à l’égard de l’État, mais aussi des administrations, des services publics, des partis politiques, des élus (qu’ils soient nationaux, régionaux ou communaux) …
SORTIR DE DEUX IMPASSES
Pour Jean-Paul DELEVOYE, les deux grands courants politiques français sont chacun enfermés. Ils sont l’un et l’autre dans une impasse. « Il faut que la société civique s’approprie les questionnements permettant à la politique de répondre aux mots de la société, aux évolutions du monde ». Oui, s’approprier, c’est-à-dire, faire sien. Encore faut-il être attentif et réceptif aux questions, à tout ce qui vient déranger nos certitudes établies, être ouvert sans cesse à cette interrogation fondamentale : « Et si celui, celle, ou ceux qui ne pensent pas comme moi ne détenaient pas une part de vérité ? » Répondre, c’est-à-dire, réfléchir, chercher, formuler, dialoguer. Ne nous moquons pas des mots que des actualités et des modes changeantes, comme le ressac de la mer, nous amène chaque jour pour les retirer aussitôt… N’oublions pas que les mots qui passent sont les marqueurs de nos identités.
A quand une bourse des mots et des idées ? Non pas une bourse pour spéculer, mais une bourse de nécessaire échange, une bourse de juste partage.
CHANGER LES GOUVERNANCES
« Non à l’exploitation des peurs et des humiliations » concluait Jean-Paul DELEVOYE. Il n’est pas hors de propos d’inscrire ce slogan à l’occasion de voeux pour l’année 2011. L’an passé, à l’occasion des voeux pour 2010, je proposais, cette légende d’une gravure sur bois d’un almanach du mois de janvier représentant « un personnage à deux visages (…) car il regarde l’année passée aussi bien que celle à venir » (2). Chaque année, nous faisons un bilan de l’année passée et formulons, pour ceux qui nous son chers, des voeux. Retenons que nous devons agir pour changer aussi bien nos gouvernances individuelles (la façon dont nous nous gouvernons nous-mêmes) que les gouvernances collectives (la façon dont nous sommes acteurs des gouvernances citoyennes). Aussi bien la façon dont nous exerçons tous un pouvoir, que la façon dont nous acceptons qu’il soit exercé.
Que l’année 2011 soit propice à ces changements ! Qu’elle voit les efforts du bien l’emporter sur les manoeuvres du mal. Que tous trouvent – ou retrouvent – un juste usage de la santé, du travail, du bonheur.
Bernard MÉRIGOT
RÉFÉRENCES
1. DELEVOYE Jean-Paul, « Ne pas opposer des catégories », La Revue civique, automne-hiver 2010, p. 5-11.
Maire de Bapaume. Ancien sénateur du Pas-de-Calais (1992-2002), président de l’association des maires de France (1992-2002), Médiateur de la République (2004-2010), il est élu en 2010 président du Conseil économique et social et environnemental (CESE).
2. MÉRIGOT Bernard, La Lettre de Bernard Mérigot, 4 janvier 2010. La devise est extraite du livre Propriétaire des choses, XVe siècle, Bibliothèque nationale, Res. R.218. Gravure et texte ont été reproduits dans la revue Folklore paysan, 1938.
(*) 494 000 000 messages SMS envoyés le 1er janvier 2010, de 0 H 00 à 23 H 59 (Total fourni pour les trois opérateurs français Orange, SFR, Bouygues (AFOM, Association française des opérateurs de téléphonie mobile).
Bernard MÉRIGOT
La Lettre de Bernard MÉRIGOT, 4 janvier 2010