UN ANNIVERSAIRE. Je me réjouis de la publication du cinquantième numéro de la « Lettre du lundi ». Depuis le lundi 20 août 2012 (date du premier numéro) et aujourd’hui, lundi 20 juillet 2013, cinquante lundis se sont succédé : chaque fois une nouvelle lettre a été mise en ligne sur « www.savigny-avenir.info », le site qui publie les travaux de la recherche-action « Territoires et démocratie numérique locale ». Ce site est reconnu officiellement, puisqu’il dispose d’un ISSN et fait l’objet d’un dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France.
Merci aux visiteurs d’Internet, qu’ils habitent dans des régions proches ou bien dans des pays éloignés. Ce sont eux qui font « exister » ce site et les textes qui y sont publiés. Merci pour leur fidélité. Merci pour leurs questions. Merci à tous nos partenaires institutionnels (leur liste indicative figure en rubrique « Références »). Merci aux membres de la communauté universitaire qui manifestent leur intérêt pour nos travaux. Merci aux participants à nos réunions de travail et de recherche. Merci pour leurs contributions. Merci aux adhérents de Mieux Aborder L’Avenir (MALA). Merci à ceux qui lisent avec patience nos articles, avant et après leur mise en ligne, et nous communiquent leurs observations (Rubrique « Questions »).
Merci à tous et à toutes. Grace à vous, nous sommes en route pour la centième « Lettre du Lundi de Mieux Aborder L’Avenir », dont la publication est prévue le 14 juillet 2014 !
Bernard MÉRIGOT
ACTION PUBLIQUE TERRITORIALE
ET POUVOIR LOCAL
Cette cinquantième Lettre du lundi est consacrée à l’examen d’une question cruciale qui est posée pour les prochaines élections municipales de mars 2014 : « Comment l’action publique territoriale s’articule-t-elle aujourd’hui avec la problématique du pouvoir local ? ». Afin d’y répondre, deux questions préalables doivent-être soulevées.
Quelle méthode utiliser ? Pour nous, la réponse est celle qui a été apportée par John DEWEY : celle de la démocratie expérimentale, fondée notamment sur l’enquête. Nous avons déjà développé ce sujet à plusieurs reprises (voir les articles sur ce site).
Quels concepts, quelles idées et quelles théories mobiliser ? Les acteurs locaux, quels que soient leurs désirs ou leurs ambitions, ne disposent pas de l’expertise leur permettant de répondre. Il faut se tourner vers la recherche universitaire dans les domaines des sciences sociales et des sciences humaines : les travaux qu’elle conduit sont précieux et éclairants.
Nous nous référerons ici aux réflexions élaborées par le Centre de recherche sur l’action locale (CERAL) de l’Université de Paris 13 entrepris dans le cadre d’une démarche interdisciplinaire (sociologie, droit, science politique, géographie, urbanisme, histoire…) (1). Elles permettent de placer le cadre local dans le cadre général dont il dépend.
LA PENSÉE MAJORITAIRE UNIQUE (PMU)
EN POLITIQUE
Un pouvoir en place local se révèle souvent moniste, ne tolérant qu’une vision unique, une parole unique exprimée par une majorité, voire par un seul leader politique. Ce cadre local est alors fermé à toute pensée autre. Toute recherche-action se trouve engagée dans une configuration de combat : il lui faut lutter, non pas pour imposer telle ou telle idée, mais pour permettre la possibilité d’expression d’idées susceptibles d’être utiles à l’action locale. Ce qui est loin d’être gagné ! Les tenants de ce que l’on pourrait appeler la pensée majoritaire unique (la PMU) s’expriment parfois d’une façon abrupte à l’égard de tout ce qui vient troubler le prêt-à-porter territorial quotidien. Un adjoint au maire appartenant à une majorité municipale, pour empêcher toute prise en considération d’idées politiquement autres (les IPA, seule alternative à la PMU), ainsi que toute prise en compte de réflexions «ouvertes», déclarait avec une franchise qui doit être relevée : « Tout ça, c’est des conneries ». C’était sa façon de repousser les incertitudes et d’affirmer son attachement à l’action concréte, but unique de l’activité des élus.
Un cadre général apparaît plus facilement pluraliste. Il est évident, que dans une démarche démocratique, les majorités respectent les minorités. Elles permettent à toute opinion constructive de s’exprimer. Ce qui est important, car en matière d’étude de l’action publique, toute opinion a un sens.
LE PARADIGME CONSTRUCTIVISTE
On peut partir du constat que l’étude de l’action publique prend appui – plus ou moins explicitement, et à des degrés divers – sur ce que l’on nomme un « paradigme constructiviste » (Hassenteufel, 2007). Celui-ci se définit à partir de quatre constatations :
Quatre considérations à l’égard du monde politique et des territoires en découlent :
VRAIE COMPLEXITÉ
FAUX POUVOIR
La superposition des échelons territoriaux de pouvoirs, ainsi que l’enchevêtrement des compétences, sont perçus comme des facteurs cumulatifs de complexité et de désordre dans la production de l’action publique.
La problématique du pouvoir est d’emblée présente. Mais, où se trouve vraiment le pouvoir ? Qui gouverne ? Une capacité d’action collective existe-t-elle ? Quelle place et quel rôle y tient le politique ?
Ces questions sont au cœur de la recherche sur la dimension territoriale du politique dont le traitement a connu un important développement et des évolutions notables depuis une quarantaine d’années (1970-2010).
LA FIN DE LA « COMMUNE »
Aujourd’hui, l’objet de la recherche de la dimension territoriale du politique apparaît paradoxalement, d’une façon simultanée, à la fois dans une situation de « fin de règne » et dans celle d’un « regain critique » (Négrier, 2009).
LOCAL OU TERRITORIAL ?
On peut observer une « évolution sémantique du local vers le territorial » (Faure, 2011). On voit en lui une tentative de « réenchantement de l’action publique » s’appuyant autant sur la professionnalisation des collectivités locales que sur la valorisation de la proximité et de formes plus actives et participatives de la démocratie.
Dans ce contexte, une des tendances majeures de la recherche concernant les collectivités locales est :
RECOMPOSITIONS
I. Quelle est la dimension territoriale des recompositions de l’État contemporain ? Il s’agit de prendre en considération les « migrations des tâches, de missions, de fonctions de l’État à des niveaux supra- et infra-étatiques » (King et Le Galès, 2011). Ce mouvement se traduit dans des réformes institutionnelles de décentralisation, déconcentration ou fédéralisation (Marcou, 2012) qui consistent à redistribuer le pouvoir, ici entendu comme compétences juridiques ou responsabilités dans la gestion des affaires publiques.
L’entrelacement de « dynamiques de reproduction institutionnelle et de dynamiques de changement » (Bezes et Le Lidec, 2010) constitue ici un défi : quel sens donner à de telles évolutions hybrides et en apparence peu cohérentes ?
Ces dynamiques contradictoires ont abouti à la généralisation de procédures formelles de coopération entre acteurs et de coordination multi-niveaux. Mais quels effets produisent-ils sur l’exercice du pouvoir ? Ces procédures sont souvent appréhendées comme des « instruments » de gouvernement d’un nouveau type (Lascoumes et Le Galès, 2004), mais dont les caractéristiques divergent selon les points de vue adoptés (Gaudin, 1999 ; Pinson, 2009 ; Bezes et Siné, 2011).
CONSTRUCTION DE
L’ACTION PUBLIQUE TERRITORIALE (APT)
II. Comment se construit l’action publique territoriale ? Autrement dit, comment la gestion des affaires s’ajuste-t-elle aux caractéristiques d’un territoire ? Le fait que les territoires soient « des configurations complexes et toujours spécifiques d’enjeux et d’acteurs multiples » implique que la territorialisation de la gestion publique « est prioritairement affaire de connaissance et d’intelligence des situations » (Duran, 2011), « difficilement cernable dans des savoirs experts » (id.).
L’action publique territoriale interroge ainsi l’autonomie des acteurs dans :
• leur capacité à élaborer des référentiels partagés, des arrangements institutionnels et des instruments d’action propres,
• leur aptitude à mobiliser et à « mettre en scène » territorialement le droit (Collectif, 2006 ; Caillosse, 2009).
L’IMPOSSIBLE POSTULATION
La territorialisation doit être évaluée à l’aune des logiques de différenciation/standardisation observables dans chaque situation locale (Douillet). Autrement dit, la territorialisation est un processus qui ne peut pas être postulé. Postuler, c’est admettre à titre d’hypothèse (dans une recherche ou dans une théorie), admettre de façon plus ou moins implicite. Ses synonymes sont présupposer, réclamer, requérir, impliquer.
À quel titre la référence au territoire ou à la territorialité est-elle mobilisée pour organiser localement de l’action collective ? Comment ? Dans quelle mesure est-elle prescrite ou est-elle voulue ? Par qui et sous quelle forme ? Le pouvoir est essentiellement appréhendé en tant qu’enjeu, matériel et symbolique, dans les jeux d’acteurs impliqués au niveau local. Ces processus d’institutionnalisation sont plus forts que la simple utilisation ponctuelle et délimitée de procédures de coordination multi-acteurs et multi-niveaux.
QUELLE TERRITORIALISATION
POUR L’ACTION PUBLIQUE ?
Assiste-t-on à la création institutionnelle d’acteurs collectifs, générateurs de mécanismes de coopération contraignants ? Quelle est leur visibilité, aussi bien leur visibilité propre (le regard qu’ils portent sur l’avenir), que leur visibilité depuis l’extérieur (la façon dont ils sont vus, compris, vécus). L’enjeu de la territorialisation sur l’action publique est déterminant.
Les réponses locales peuvent-elles cesser d’être contingentes ? Le « contingent », c’est par exemple une quantité qui est attribuée. On dit ainsi qu’un magasin n’a pas reçu son contingent habituel de marchandises. C’est aussi la troupe qui est fournie par un État ou un territoire. C’est également « la part qui incombe à une collectivité locale et qui fixe sa contribution au financement de certaines dépenses ».
GOUVERNANCES TERRITORIALES CROISÉES
Nous sommes en pleine actualité à la fois territoriale et locale. Comment un «terrain», génère-t-il des programmes ?
Qu’est-ce qu’un programme communal à l’heure des communautés ? Qu’en est-il, par exemple, d’une collectivité de 37 700 habitants (commune de Savigny-sur-Orge) insérée dans une autre collectivité de 102 000 habitants (communauté d’agglomération Les Portes de l’Essonne) ? Quels débats citoyens ? Quels projets ? Quels partenariats ? Quels arbitrages ? Quelles décisions ? Quelles identités emboîtées ? En un mot : quelles gouvernances territoriales croisées ? Nous aurons l’occasion de revenir sur les travaux actuellement menés sur les économies territoriales contributives.
NB. Nous sommes redevables au Centre de recherche sur l’action locale (CERAL) de ses analyses. Un prochain article évoquera la journée d’études organisée à l’automne sur l’action publique territoriale à l’épreuve de la complexité. Que les membres du CERAL trouvent ici une marque de notre reconnaissance.
RÉFÉRENCES
1. CENTRE DE RECHERCHE SUR L’ACTION LOCALE (CERAL), Université de Paris 13, « L’action publique territoriale et les jeunes chercheurs à l’épreuve de la complexité », Journée d’étude doctorale, 4 octobre 2013, Université de Paris 13.
La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°50, lundi 29 juillet 2013
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2013
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Comment les Français voient-ils les américains et les États-Unis ? A quels stéréotypes culturels ont-ils recours dans leurs jugements et appréciations ? Sur quelles bases se fonde le dialogue entre les deux cultures ?
De grandes affaires récentes comme celle du Watergate ou de l’atterrissage de l’avion Concorde à New York ont montré de façon évidente le décalage qui existait entre l’actualité américaine et la conscience que les Français an avaient. D’autres distorsions expliquent la vision que les américains ont de la France.
Trois universitaires, deux français (Michel BEAUJOUR et Bernard MÉRIGOT), et un américain (Amiel P. VAN TESLAAR), se sont réunis autour de Cyrille MAKINSKY, délégué général de l’Association France-États Unis pour débattre de ces questions. On lira ici le texte complet de cette table ronde qui s’est déroulée à Paris dans les salons de France-Amérique, 9 avenue Franklin Roosevelt, le 26 mars 1979.
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RÉFÉRENCES
BEAUJOUR Michel, VAN TESLAAR Amiel P., MÉRIGOT Bernard, MAKINSKY Cyrille (1979). Fiction et réalité des mythes franco-américains, Éditions France-États Unis, 1979. Texte complet de la conférence organisée le 26 mars 1979 dans les salons de France-Amérique, 9 avenue Franklin Roosevelt, 75008 PARIS. Présentation de France-États Unis par Jacques CHABAN-DELMAS, ancien Premier ministre. ISBN 978-2-903199-01-02
MITCHELL Margaret, Autant en emporte le vent, Gallimard, Paris, 1939, 735 p. Traduction de Pierre-François Caillé. 1ere de couverture.
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2013
Bernard MÉRIGOT, Les mythes franco-américains, 1978Scarce compte rendu of an interesting academic conference devoted to the always-interesting relationship between France and America. Subjects range widely from de Tocqueville and Poe to the television age. (One day of the conference was entirely devoted to television, with participation by Pierre Salinger and Jim Giggins of ABC). Round table participants included Susan Sontag, Jean-Francois Revel and Flora Lewis of the New York Times. Text almost entirely in French, printed on rectos only. The conference was held in May, 1978 and was a collaboration between l’Institut d’études politiques de Paris and l’École normale supérieure de Paris – under the direction of Bernard Merigot. ; Experience the pleasure of reading and appreciating this actual printed item. It has its own physical history that imbues it with a character lacking in ephemeral electronic renderings. (Price: 74.95 USD) »
RÉFÉRENCES
ANTIQUARIAN BOOK SHOP (Scholarly, Rare and Interesting Books), http://www.niceoldbooks.com. The Antiquarian Book Shop, P.O. Bax 3831, Washington DC 20027, United States of America. Consulté le 13 août 2013.
MÉRIGOT Bernard, Les Mythes franco-américains, Compte rendu du colloque international organisé par l’Institut d’études françaises de New York University, Paris, 1978, New York University in France, Paris, 45 p.
BEAUJOUR Michel, MÉRIGOT Bernard, MAKINSKY Cyrille, Fiction et réalité des mythes franco-américains, Conférence organisée le 26 mars 1979 dans les salons de France-Amérique, France États-Unis, Paris, 1979, 33 p. ISBN 2-903199-01-9
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2013