L’ambition de la 9e édition de la Global Conférence des Ateliers de la Terre est de fournir les clés de compréhension pour repenser le « vivre-ensemble ». A cette occasion, des « planetworkers » viendront échanger et proposer leurs solutions sur différents enjeux majeurs permettant d’imaginer un nouveau projet de société autour de trois questions : Quelles valeurs pour fonder un nouveau projet de société ? Quelle économie pour refonder la société (nouveaux modèles, nouvelles solidarités…) ? Quels choix et quelles actions ? (Synthèses des travaux et recommandations).
Global Conférence est un laboratoire qui regroupe un ensemble de parties-prenantes impliquées dans l’élaboration d’un nouveau modèle de développement. Elle est fondée sur un dialogue entre des acteurs d’horizons divers, mais aussi sur le partage de bonnes pratiques et la valorisation de solutions concrètes et innovantes, constituant un lieu d’échanges et de savoirs.
LA FIN D’UN MODE DE DÉVELOPPEMENT
OU LA FIN D’UN MONDE ?
Partout dans le monde un certain nombre de mouvements sociaux, de tendances politiques, géopolitiques et économiques, laissent présager de la fin d’un mode de développement et de la remise en question d’un mode de vie et de consommation devenus insoutenables.
ACCEPTABLE OU PAS ACCEPTABLE ?
Dans le même temps, de nouveaux projets de société émergent aux quatre coins du globe, redéfinissant le rapport entre l’homme et la nature, inventant de nouveaux modèles économiques et imaginant un nouvel ordre social basé sur de nouvelles valeurs. Comment la société peut-elle se positionner sur ce qu’elle est prête à accepter et ne pas accepter ? Comment définir ensemble un nouveau projet de société plus respectueux de l’homme et de l’environnement, sans pour autant faire table rase du passé ?
Choisir ce qui est acceptable ou non est essentiel pour avancer. Mais ce n’est qu’un point de départ. On crée un projet de société en proposant des idées, des valeurs, des concepts, des principes et en définissant un idéal à atteindre. Il faut donc dans un premier temps identifier ce que l’on ne veut pas, pour ensuite élaborer un idéal commun, qui comporte bien sur une dimension utopique, synonyme d’espoir, de rêve et d’enchantement. Sans une part d’utopie, on ne peut trouver la force et les convictions nécessaires à la création d’un nouveau modèle sociétal.
DÉNONCER OU PROPOSER ?
En s’arrêtant à la première étape, nous n’arrivons qu’au milieu du chemin. Il est d’ailleurs bien plus facile de dénoncer et de stigmatiser, que de proposer, d’innover et de créer. Pour imaginer un renouveau du vivre-ensemble, nous ne pouvons nous contenter d’être juge de l’histoire, mais devons aussi devenir les bâtisseurs d’un futur meilleur. Là est le temps du choix.
Le programme comprend trois séances plénières et dix séances de « focus ».
D’autres formats de discussion ont lieu comme : « Best Practice Corners », Faces-à-Faces, « Garden Talks », Témoignages, « Business Innovation Place » …
Mercredi 4 juin 2014
Séance plénière 1. « Quelles valeurs pour fonder un nouveau projet de société ? »
La multiplication des crises que nous traversons actuellement, économique, financière, sociale, environnementale et politique, se traduit également par une crise des valeurs qui avaient fondé nos sociétés. Celles-ci connaissent des transformations importantes, certaines d’entre-elles étant même profondément remises en question. Un nouveau projet de société nécessite d’identifier, de promouvoir ou de réhabiliter certaines valeurs partagées qui fonderont le nouveau contrat social. Quelles sont donc ces valeurs que nous devrons placer au cœur d’un nouvel idéal commun ?
Focus 1. « L’économie collaborative supplée-t-elle l’économie traditionnelle ou la transforme-t-elle ? »
L’économie collaborative, nouveau modèle économique dans lequel l’usage prédomine sur la propriété, permet aux consommateurs de louer, vendre, échanger, ou donner des biens directement à d’autres consommateurs. En pleine croissance depuis quelques années, ce nouveau pan de l’économie doit son explosion à l’essor d’Internet et des places de marchés « peer-to-peer », mais aussi au développement des systèmes de réputation numérique. Covoiturage, « crowdfunding » et « couchsurfing », ne sont que les exemples les plus célèbres de ces nouvelles pratiques. Incarnée par le succès rapide de certaines entreprises pionnières, l’économie collaborative est aujourd’hui un véritable mouvement de fond qui transforme peu à peu nos modes de consommation. Alors l’économie collaborative remet-elle vraiment en question l’économie traditionnelle ? Risque-t-elle un jour de la faire disparaître ?
Focus 2. « Les entreprises détiennent-elles la clé des négociations climatiques internationales ? »
Malgré les différents sommets internationaux, aucun traité contraignant n’existe à ce jour pour forcer les États à s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique. Malgré quelques légères avancées, le plus dur reste à faire pour obtenir un accord global et engageant pour la première fois tous les États du Monde. Ces négociations internationales, s’inscrivant dans le cadre du Protocole de Kyoto, ne concernent que les États souverains, excluant de facto des négociations d’autres types d’acteurs issus de la société civile. Est-ce à dire que ces autres acteurs n’ont pas voie au chapitre et qu’ils n’ont aucun pouvoir d’influence sur les gouvernements des pays dont ils sont issus ? Quel est le véritable rôle des multinationales dans les négociations climatiques internationales ? Ont-elles le pouvoir de bloquer ou de débloquer ces négociations ? Comment faire des entreprises un atout pour la réussite des négociations ?
Focus 3. « Quelles nouvelles politiques de l’eau choisir ? »
La politique de l’eau doit permettre de répondre à un certain nombre d’enjeux autour de cette ressource vitale : l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour tous, la prévention des risques, la préservation de la ressource et des milieux aquatiques, la prévention des pollutions et le développement des activités liées à l’eau (industrie, agriculture, transport, loisirs…). Mais pour mettre en place une gestion de l’eau efficace, aussi bien au niveau de la ressource que du service, dans un contexte marqué par les préoccupations sanitaires croissantes des populations, il est essentiel d’élaborer une gouvernance adaptée aux particularités de chaque situation, en y impliquant à la fois les autorités locales, les opérateurs et les usagers. Alors comment répartir les responsabilités entre ces différentes parties-prenantes et comment définir les rôles de chacun ?
Focus 4. « Peut-on imaginer un nouveau projet de société sans repenser le rôle de l’éducation ? »
L’éducation joue un rôle essentiel dans la transmission des valeurs communes et la formation des citoyens. En plus de compter parmi les premières instances de socialisation après la famille, l’école et le monde de l’enseignement contribuent à structurer l’esprit critique des citoyens et doivent leur apporter les connaissances qui leur permettront de comprendre leur monde, pour mieux s’y intégrer et le faire évoluer. Vecteurs incontournables pour faire émerger un nouveau projet de société et renouveler le vivre-ensemble, le système éducatif comme les contenus pédagogiques ne sont cependant pas adaptés aux enjeux de notre temps et ne donnent plus les clés permettant d’imaginer un nouveau modèle sociétal. Repenser le rôle de l’éducation et la replacer au cœur du nouveau contrat social devient donc indispensable. Dans quelle direction faut-il faire évoluer les programmes et les systèmes éducatifs des différents pays et quelle place donner à l’éducation dans l’élaboration d’une nouvelle société ?
Jeudi 5 juin 2014
Focus 5. « Jusqu’où la parole citoyenne a-t-elle un impact à l’heure du glocal ? »
À l’heure où la mondialisation transforme notre relation à l’espace, et où internet et les réseaux sociaux sont devenus des vecteurs de communication instantanée et planétaire, on voit peu à peu émerger de nouvelles formes de mobilisations citoyennes. Que l’on pense aux diverses campagnes de pétitions numériques ou encore aux actions de groupe, on constate un renouveau de la parole citoyenne, aussi bien au niveau local que global.
Mais ces nouvelles formes de mobilisation citoyennes ont-elles réellement un impact lorsqu’il s’agit de faire évoluer différentes politiques et leur mise en œuvre ? La parole citoyenne est-elle véritablement un facteur de changement ? Comment l’expression de la société civile peut-elle être à l’origine d’un nouveau projet de société ?
Focus 6. « Nucléaire et gaz de schiste : quelle part d’incertitude pouvons-nous accepter ? »
Trois ans après la catastrophe qui a frappé le Japon, la situation n’est pas encore rétablie dans la centrale de Fukushima, rappelant avec force les risques de long terme liés à un accident nucléaire. Malgré l’ambition de certains gouvernement de mettre en œuvre une transition énergétique pour favoriser une sortie progressive du nucléaire et diminuer notre recours aux énergies fossiles, les choses n’avancent que très lentement. Dans le même temps, la révolution des hydrocarbures de schiste pousse certains États à s’intéresser à cette ressource fossile, dont les techniques d’extraction sont fortement contestées et dont les coûts ne sont pas totalement maîtrisés. Inventer un nouveau projet de société implique de repenser notre rapport aux ressources naturelles et de transformer nos modèles d’approvisionnement et de consommation énergétiques. Le risque zéro n’existant pas, quelle part d’incertitude pouvons-nous accepter dans l’élaboration de ces nouveaux modèles énergétiques ?
Focus 7. « Comment mettre en place une politique d’économie circulaire réaliste et efficace ? »
L’économie circulaire, démarche économique promouvant un système industriel sobre en carbone, en énergie et en ressources naturelles basé sur l’éco-conception et le recyclage, est aujourd’hui présentée comme une solution concrète en réponse à certains défis du développement durable. Si de plus en plus d’acteurs se réclament de ce modèle, on peut néanmoins se demander s’il est possible de mettre en place une véritable politique industrielle axée sur les principes de l’économie circulaire. Comment mettre en place une dynamique d’économie circulaire efficace ? A quelle échelle peut-on mettre en place une politique réaliste d’économie circulaire ? Quels sont les leviers pour faire de ce modèle une réalité sur nos territoires ?
Focus Spécial. « Économie Numérique dans les pays émergents : accélérateur de croissance et/ou de la fracture numérique sud/nord ? »
L’économie numérique est en plein essor dans les pays émergents et ouvre une voie nouvelle pour la croissance et l’entrepreneuriat dans ces pays. Les secteurs dans lesquels internet aura un impact décisif sont les services financiers (paiement mobile), l’éducation (e-learning, e-training, Open University, MOOC…), la santé, le commerce et l’agriculture. Cet essor de l’économie numérique va modifier rapidement et profondément les sociétés des pays émergents. S’appuyant sur les NTIC, une nouvelle économie est donc en train de se construire, tirée par les besoins sociaux et les contraintes environnementales, génératrices d’opportunités pour le développement massif de services, mais aussi d’inégalités en termes d’accès et de maitrise des outils. Alors comment faire pour que cet essor de l’économie numérique profite à tous ? Cette émergence de l’économie numérique peut-elle être génératrice d’une croissance durable tout en permettant de réduire la fracture numérique sud-nord ?
Focus 8. « Mettre fin au gaspillage alimentaire permettra-t-il de nourrir le monde ? »
Chaque année, plus d’1,3 milliards de tonnes de nourriture sont gaspillés dans le monde, soit près d’un tiers de la production globale de denrées alimentaires dédiées à la consommation. Si ce phénomène touche indéniablement les pays développés (standardisation des produits, dépassement des dates de péremption, non-utilisation de la totalité des aliments), il touche également des pays émergents ou en voie de développement, dans lesquels le problème de la faim et de la sécurité alimentaire n’est pas encore réglé. Dans ces cas, il s’agit bien souvent d’un manque d’infrastructures (systèmes de refroidissement et/ou de conditionnement), empêchant la rencontre entre l’offre et la demande. Face à ce constat, de plus en plus d’acteurs se mobilisent pour lutter contre le gaspillage alimentaire, à la fois pour s’éloigner d’un modèle intensif de production agricole, mais aussi pour permettre aux plus démunis d’accéder à l’alimentation. Alors mettre fin au gaspillage alimentaire pourra-t-il permettre de nourrir tous les habitants de notre planète ? Où alors la lutte contre le gaspillage doit-elle être couplée avec une nouvelle révolution agricole.
Focus 9. « La place de la science dans la société : que signifie le progrès aujourd’hui ? »
Depuis l’avènement de la Révolution industrielle, nos sociétés ont placé tous leurs espoirs dans la science comme facteur de développement économique, social et humain. Les progrès réalisés depuis cette époque ont permis une incroyable amélioration des conditions de vie de la population. Cela a également permis l’essor de la société de consommation et a considérablement transformé les modes vie, contribuant ainsi à sacraliser le progrès scientifique. Mais aujourd’hui, un certain nombre d’innovations scientifiques et technologiques sont questionnées. C’est le cas pour les OGM, les nanotechnologies, les ondes téléphoniques ou encore certaines substances chimiques largement utilisées dans l’industrie. Dans une période marquée par l’incertitude liée à certaines innovations, la science est-elle perçue comme une menace ou comme un facteur de progrès pour le développement durable de nos sociétés ?
Séance Plénière 2. « Quelle économie pour refonder la société ? Nouveaux modèles économiques et nouvelles solidarités. »
La crise que nous traversons questionne la croissance qui avait été érigée en modèle de développement depuis l’avènement de la Révolution Industrielle. La crise économique, devenue sociale et environnementale, devient aussi une crise de sens et de valeurs. Pour refonder la société et élaborer un nouveau modèle de vivre-ensemble, il est impératif de repenser la place de l’économie et donc de l’homme dans la société. De nouveaux modèles économiques connaissent aujourd’hui un essor remarquable et ont le potentiel pour transformer durablement notre relation à l’économie, en sacralisant de nouvelles valeurs de partage, de solidarité et de responsabilité. Ces nouveaux modèles participant à l’émergence d’une nouvelle économie peuvent-ils nous aider à refonder la société ?
Clôture. Séance Plénière 3. « Du choix aux actions » : Synthèse des travaux et recommandations.
RÉFÉRENCES
FORUM INTERNATIONAL POUR UN DÉVELOPPEMENT DURABLE, « Des idées neuves pour un nouveau monde », Global Conférence 2014 placée sous le haut patronage de Monsieur François HOLLANDE, Président de la République, Fontevraud, 4-5 juin 2014. http://www.planetworkshops.org/fr/index.html?utm_source=cdurable.info
La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°94, lundi 2 juin 2014
Mention du présent article http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819 Dépôt légal du numérique, BNF 2014
PÉTITION
POUR UN NOUVEAU STATUT JURIDIQUE DE L’ANIMAL
À l’attention de Madame Christiane Taubira, ministre de la Justice
Le pays des Droits de l’Homme ne serait-il pas assez éclairé pour reconnaître les droits des êtres vivants doués de sensibilité ? Nos concitoyens sont parmi les plus favorables au respect du bien-être animal : pour 90% d’entre eux, il fait même partie intégrante de la famille (Ipsos, 2004). Plus de 200 ans après sa rédaction en 1804, notre Code civil n’a toujours pas évolué et considère encore les animaux comme des « biens meubles » (Article 528). Il accuse donc un décalage certain avec la mentalité contemporaine qu’il est grand temps de combler. Aujourd’hui, l’animal est devenu une préoccupation sociale suffisamment forte pour que le législateur s’interroge sur une nouvelle définition de son régime juridique, comme l’a déjà fait la plupart de nos voisins européens.
Je m’associe donc à la demande de la Fondation 30 Millions d’Amis de faire évoluer le régime juridique des animaux et demande au législateur de retirer l’animal du droit des biens et de créer dans le Code civil, à côté des « personnes » et des « biens », une troisième catégorie pour les « animaux ».
En ce sens, je soutiens la proposition visant à modifier l’intitulé du Livre II du Code civil comme suit : « Des animaux, des biens et des différentes modifications de la propriété » avec un Titre 1er « Des animaux » où il devra être spécifié que l’animal est un être vivant et sensible.
RÉFÉRENCES
30 MILLIONS D’AMIS, « Pétition pour un nouveau statut de l’animal », 24 octobre 2013. Parmi les premiers signataires : Michel Onfray, Luc Ferry, Erik Orsenna, Hubert Reeve, Matthieu Ricard…
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ISSN 2261-1819 Dépôt légal du numérique, BNF 2013
A quel domaine du savoir rattacher une interrogation, question, un dossier ? Comment définir la discipline de rattachement d’une connaissance intellectuelle, ou bien d’une recherche, d’un enseignement universitaire ?
Il est utile de prendre en considération la façon dont les acteurs de la pensée, de la réflexion, de la pédagogie se définissent eux-mêmes. Il est fréquent que ceux-ci se situent de façon décalée par rapport au monde. Ainsi, Hannah ARENDT ne se définissait pas comme « philosophe », mais comme « professeur de théorie politique » (Political theorist). (1) Elle n’enseignait pas et n’écrivait pas en tant que philosophe politique, mais en tant que praticienne de la théorie politique. Cela l’a amené à reconsidérer de façon critique les fondements de la discipline de la philosophie politique. Elle écrivait que « la majeure partie de la philosophie politique depuis Platon s’interpréterait aisément comme une série d’essais en vue de découvrir les fondements théoriques et les moyens pratiques d’une évasion définitive de la politique. » C’est-à-dire qu’elle formulait l’idée que l’ensemble des textes fondateurs de la philosophie politique remplissait une fonction paradoxale d’évitement et d’exclusion de ce qu’ils étaient censés constituer.
RÉFÉRENCES
1. ARENDT Hannah, The Human Condition, London, Chicago, University of Chicago Press, 1958.
ARENDT Hannah, Condition de l’homme moderne, Calmann-Lévy, 1983, p. 285. Traduction de G. Fradier. Réédition Presse-Pocket 1988, 1992. Préface de Paul Ricoeur.
La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°52, lundi 12 août 2013
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L’historien François Weil rappelle que la démocratie n’est pas un système d’institutions, mais une forme de société caractérisée par « le refus de l’incorporation, les divisions, l’hétérogénéité et l’indétermination ». Reprenant la formule de Claude LEFORT, il note que la démocratie « est un lieu vide, fondamentalement précaire et révocable, instable et transitoire, inachevé, par vocation et par nature, ouvert aux interrogations, aux contestations et à la pluralité ».
EN POLITIQUE,
IL EXISTE UN SEUIL D’ALERTE CRITIQUE DE LA RECHERCHE
Comment mesurons-nous – en tant que chercheurs et en tant que citoyens – les conséquences de ces propositions ? Par la reconnaissance de l’existence d’une consonance entre la conception de la société démocratique et la manière dont nous jugeons indispensables la fonction d’alerte critique de la recherche en sciences humaines et sociales. A l’évidence, les évolutions et les tensions que connaissent aujourd’hui les sociétés démocratiques invitent tous les acteurs de la vie sociale et politique à pénétrer dans l’atelier du philosophe et à penser, et repenser constamment, le chantier démocratique ainsi que sa pratique nécessairement renouvelée.
UN RÉGIME À HAUT RISQUE
Qui dit incertitude, dit risque. Un risque à la fois fécond et menaçant, parce que la démocratie est un régime à haut risque. « La démocratie ne peut vivre que des contestations et des critiques qu’elle suscite ».
LA SOUFFRANCE DE LA DÉMOCRATIE
Lorsque contestations et critiques peuvent s’exprimer, nous sommes en démocratie. Lorsqu’il ne peut y avoir ni contestation ni critique, nous ne sommes plus en démocratie. Leur répression retire à la démocratie son fondement, celui qui lui permet d’exister.
Le problème surgit, à l’échelle de n’importe quel territoire, lorsque les pouvoirs en place empêchent l’expression des contestations et des critiques, lorsqu’ils les censurent, lorsqu’ils les répriment : la démocratie est malade, elle souffre.
La porte pour toutes les méfiances, de toutes les défiances, de tous les extrémismes, est tous les intégrismes, est ouverte.
RÉFÉRENCES
WEIL François, Allocution, Fragilité et fécondité des démocraties, la dissolution des repères de la culture, conférence de Claude Lefort, XXXIe conférence Marc Bloch, Grand amphithéâtre de la Sorbonne, 9 juin 2009.
François Weil est historien, directeur d’études à l’EHESS, président de l’EHESS, recteur de l’Académie de Paris.
LEFORT Claude, Fragilité et fécondité des démocraties, la dissolution des repères de la culture, conférence de Claude Lefort, XXXIe conférence Marc Bloch, Grand amphithéâtre de la Sorbonne, 9 juin 2009. www.cmb.ehess.fr
La Lettre du lundi de Mieux Aborder L’Avenir, lundi 10 juin 2013
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BNF. Dépôt légal du numérique, 2013
L’ACTUALITÉ : LES ÉVÉNEMENT OU LES IDÉES
Les philosophes Bruno BERNARDI et Julie SAADA nous rappellent que nous vivons tous une double actualité, celle des événements et celle des idées. Ces deux actualités constituent deux sollicitations pour la philosophie politique, tantôt dans un mode majeur (lorsqu’elle bouleverse l’ordre), tantôt dans un mode mineur (lorsqu’elle nous révèle une dimension inattendue, surprenante, inouïe).
Ces deux sollicitations nous incitent soit à prendre du recul à l’égard de toute conceptualisation et de toute problématisation, soit à nous engager davantage, en remettant en question nos cadres de pensée.
IMMÉDIATETÉ OU RÉFLEXION ?
La philosophie politique expérimentale consiste à penser au présent. Et ce, sous une double contrainte : celle de l’immédiateté de ce qui survient, et celle de la médiation d’une démarche réfléchie.
Nous savons que la vérité en politique est un genre glissant. La prétention à détenir le vrai – ou bien sa forme travestie qui est celle de la compétence – a constamment servi à déposséder le peuple de son pouvoir de décision.
LA VÉRITÉ EXISTE-ELLE EN POLITIQUE ?
La vérité en politique est-elle une exigence ou un risque ?
Toute requête de transparence adressée aux individus est une expression trompeuse pour accroître la surveillance et le contrôle social sur leur existence.
Alors, comment concevoir la délibération collective ? Comme la mise en œuvre d’une rationalité partagée ? Ou comme un acte indifférent à l’égard de la vérité ?
Comment réfléchir avec rigueur aux exigences intriquées de la politique, de la morale et de rationalité ? Et surtout, comment préserver l’intérêt commun de l’ingérence des intérêts particuliers sans une pleine transparence de la part de ceux qui sont en charge de responsabilités ?
RÉFÉRENCES
BERNARDI Bruno et SAADA Julie, « Politiques au temps présent », Année 2012-2013, Collège international de philosophie, Paris.
La Lettre du lundi de Mieux aborder l’avenir, 6 mai 2013
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Qui parle de la volonté de puissance, de l’obsession du pouvoir, de l’amour, du cheminement du désir, de la tromperie, de la jalousie de la peur de la mort, de la fraternité, du courage, du crime, du châtiment, du rêve, de l’histoire ? William SHAKESPEARE, répond Richard MARIENSTRAS, rappelant que dans ses pièces de théâtre, il met en scène des héros placés dans un monde qui se dérobe, où les certitudes du passé sont battues en brèche : ils doivent choisir entre des impératifs contradictoires (1).
DES DÉCISIONS POLITIQUES ÉGALEMENT MAUVAISES
La violence et le désordre politique sont des concepts mêlés. Ceux-ci appartiennent à un univers qui jouxte le grotesque. Si la conception de la politique et de l’exercice de l’autorité par SHAKESPEARE montre que gouverner est difficile, elle démontre que conspirer l’est aussi. Le prince et le conspirateur n’ont pas à choisir entre de bonnes et de mauvaises décisions, mais entre des décisions également mauvaises.
LA FIN DE L’ANGÉLISME POLITIQUE
SHAKESPEARE met en scène la fin de l’angélisme politique : cela signifie que ni la providence, ni les astres, ni la vertu, ni la sagesse, ni la connaissance, ni le cynisme ne conduisent infailliblement l’action vers le succès. Chez SHAKESPEARE, il n’y a aucune rationalité en politique. « L’acte politique est opaque et contradictoire : on ne peut engager une action rationnelle, on ne peut prévoir les conséquences d’une action. Pour agir, il faut d’abord prétendre qu’on le peut. Tout pouvoir est arbitraire parce qu’il est fondé sur la violence ». (2)
COMMENT NE PAS RAMPER ?
Comment, contre la raison du plus fort, trouver les raisons et la force de ne pas se rendre abject, de ne pas ramper, de ne pas céder ? Y a-t-il quelque chose qui permette de ne pas abdiquer les qualités humaines ? N’a-t-on le choix qu’entre céder ou échapper dans la folie ? Comme le relève Christian RUBY : « Le monde des dernières tragédies de Shakespeare est une enceinte close où l’homme est face à lui-même et aux événements, il cherche sa plénitude et il la voit lui échapper au dernier moment, ce qui rend sa chute plus affreuse, et sa mort plus révoltante et plus tragique ».
La Lettre du lundi de Mieux Aborder L’Avenir, 11 mars 2013
RÉFÉRENCES
1. MARIENSTRAS Richard, Shakespeare et le désordre du monde, Gallimard, 2012, 64 p.
2. RUBY Christian, “Shakespeare et la souffrance humaine”, www.nonfiction.fr
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Nous poursuivons notre réflexion sur un dispositif essentiel de la démocratie expérimentale développée par John DEWEY et qui répond à ce que l’on nommerait aujourd’hui une « exigence citoyenne ».
Dans « Logique, la théorie de l’enquête » (1938), John DEWEY n’utilise pas le terme de « logique » au sens moderne, mais comme l’indique expressément le sous-titre, dans le sens de « théorie de l’enquête », de « recherche » au sens large, c’est-à-dire celui de la recherche scientifique. (1)
L’EXPÉRIENCE ET L’ENQUÊTE
L’expérience, selon John DEWEY, est une liberté, une jouissance : elle est continue. Lorsque survient l’interdit, l’acte autoritaire, la censure, le refus, le trouble, le désordre, le doute… une discontinuité se crée. Ce qui nécessite une reconstruction par l’expérience pour rétablir une nouvelle continuité, c’est « l’enquête » qui répond à la transformation contrôlée (ou dirigée) pour convertir les éléments disséminés, qu’ils soient connus ou inconnus, en un nouveau tout unifié. (p.169).
Gérard DELEDALLE remarque que la théorie de l’enquête, comme logique de la reconstruction de l’expérience, apparaît chez John DEWEY dans les Studies in Logic (1903), dans How We Think et dans The Quest for Certainty (1929). Elle est le versant instrumentaliste de l’expérience dont Nature and Experience et Art as Experience constituent le versant naturaliste. (2)
MATRICE ET STRUCTURE
La première partie décrit la matrice existentielle de l’enquête, à la fois biologique et culturelle, matrice de toute enquête, que ce soit celle du sens commun ou de la science : elle se définit comme l’art de résoudre des problèmes.
La deuxième partie traite de la structure de l’enquête et de la construction des jugements.
LES CINQ PHASES DE L’ENQUÊTE
L’enquête comprend cinq phases :
C’est comme le jugement-type qui est rendu, après enquête, par un tribunal. La proposition est à la lettre, une proposition : elle propose une solution, mais ne l’administre pas. Ce qui est « vrai », est la fin de l’enquête, la fin au sens de « fin-visée » qui ne relève pas à proprement parler de la proposition, mais du jugement. Il ne s’arrête pas à l’énoncé, mais dans l’acte qui le suit : la condamnation d’un coupable jugé ne s’achève pas avec l’énoncé de la peine, mais avec l’exécution de la peine.
C’est pourquoi John DEWEY dit que la fin de l’enquête relève de l’ « assertibilité garantie », concept utilisé par la philosophie pragmatique qui signifie qu’une solution a été trouvée à une situation problématique dans le cadre de la « théorie de l’enquête ». Elle est synonyme de satisfaction, d’utilité. C’est « ce qui paie », « ce qui marche ».
L’UNIVERSEL ET LE GÉNÉRIQUE
John DEWEY distingue deux types de propositions générales : les propositions universelles et les propositions génériques.
Dans la troisième et la quatrième partie, John DEWEY examine, à la lumière de la théorie de l’enquête, des questions qui relèvent de la logique formelle : les propositions et les termes (Troisième partie) et de la logique des sciences : la logique de la méthode scientifique (Quatrième partie). Le dernier chapitre de la quatrième partie est consacré à « la logique de l’enquête et les philosophies de la connaissance ».
John DEWEY formule la conclusion suivante : « Le fait de ne pas instituer une logique fondée inclusivement et exclusivement sur des opérations d’enquête présente des conséquences culturelles énormes. Il encourage l’obscurantisme, facilite l’acceptation de croyances constituées avant que des méthodes d’enquête n’aient abouties et tend à reléguer les méthodes scientifiques (c’est-à-dire critiques et compétentes) de l’enquête dans un domaine technique spécialisé ». (p. 640).
RÉFÉRENCES
1. DEWEY John, Logique. La théorie de l’enquête, Paris, PUF, 2006. Présentation de Gérard DELEDALLE.
2. DELEDALLE Gérard « Un modèle de la complexité. De la logique de l’enquête à la théorie et à la pratique de l’éducation démocratique », Forum du conseil scientifique du programme européen MCX/APC, http://www.archive.mcxapc.org.
Voir aussi :
DELEDALLE Gérard, L’Idée d’expérience dans la philosophie de John Dewey, PUF, Paris, 1967.
La Lettre du lundi de Mieux aborder l’avenir, lundi 4 mars 2013
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« L’étude de la démocratie locale passe par l’examen de la vie politique locale. La France se singularise à cet égard par plusieurs traits : nombre des communes, empilement des structures (commune, intercommunalité, département, région, auquel il faudrait ajouter les « pays » dont on ne parle plus).
La démocratie n’est pas respectée dans l’intercommunalité puisque les Communautés de communes, les Communautés d’agglomération et les Communautés urbaines ont des conseils qui ne sont pas élus au suffrage universel direct. Ils lèvent des impôts importants et les citoyens-contribuables ne peuvent pas les sanctionner. De plus, comme il ne s’agit pas de collectivités territoriales mais d’EPCI (établissement public de coopération intercommunale), il est possible pour les présidents de cumuler ce poste avec les deux mandats, par exemple de parlementaire et d’élu local (maire d’une commune de plus de 20 000 habitants, conseiller général, conseiller régional). Les présidents et vice-présidents sont, de plus, rémunérés de façon importante.
Ajoutons que le pouvoir du maire dans sa commune est exorbitant puisqu’il est à la fois chef de l’exécutif et chef de la majorité, si bien que pendant six ans, l’opposition est totalement dénuée de pouvoir. Il n’y a pas de contre-pouvoir au plan municipal, ce qui est un déni de démocratie. Il serait bon que la science politique s’empare de ces questions. »
RÉFÉRENCES
ROLLET Jacques, « La situation de la science politique en France », Revue Incursions, n°7, 2e semestre 2012, http://www.incursions.fr. Incursions est la publication de l’Association française pour la formation et la recherche en sciences sociales (FFFRSS).
Né en 1944, Jacques Rollet a été enseignant de science politique à Sciences Po Paris de 1982 à 1995, puis enseignant de science politique au Département de sociologie de l’Université de Rouen, de 1995 à 2009. Il a également enseigné la science et la philosophie politiques à l’Institut catholique de Paris (FASSE), de 1990 à 2006. Il a publié plusieurs ouvrages de théologie dont : Le cardinal Ratzinger et la théologie contemporaine, Cerf 1987 et 2005, ainsi que des ouvrages de science politique. Le dernier est Le libéralisme et ses ennemis, DDB, 2012.
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
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LA DÉMOCRATIE EXPÉRIMENTALE
SELON JOHN DEWEY
Bernard MÉRIGOT, responsable de la recherche-action « Territoires et démocratie », présente une série d’articles sur la « démocratie expérimentale ». Ils sont produits dans le cadre du partenariat avec « Parlement et citoyens » (1).
FAIRE SOCIÉTÉ
La démocratie désigne, dans le langage courant, un régime politique, historiquement défini. En tant que système de gouvernement, il est caractérisé par la séparation des pouvoirs, le droit de vote universel, l’élection de représentants, la règle de la majorité, la reconnaissance de libertés individuelles…
Le terme de «démocratie» désigne d’une façon générale une manière « de faire société ». Il ne s’agit donc pas seulement d’une idée politique, mais surtout d’une « idée sociale », selon l’expression de John DEWEY (1859-1952), philosophe de la démocratie. Selon lui, la démocratie est elle-même sa propre norme : elle définit les conditions pragmatiques de la discussion rationnelle, et par conséquent, de l’enquête, « forme élaborée et socialisée de l’expérience ».
CHAQUE CITOYEN EST COMPÉTENT
CHAQUE CITOYEN A LE DROIT DE S’EXPRIMER
La politique est une expérimentation. Elle s’applique aussi bien pour délimiter ce qui est privé de ce qui est public, pour déterminer les intérêts communs (qu’il s’agisse d’intérêt public, de biens communs…), pour prendre des décisions, pour déterminer la loi. Les citoyens – que John DEWEY désigne par le terme de « public» – c’est-à-dire ceux qui occupent l’espace public que définit Emmanuel KANT – constituent une instance intermédiaire que ce soit entre une société et un gouvernement, ou entre une population d’une commune et une municipalité. La prétendue complexification de l’exercice du pouvoir est un bon prétexte pour le pouvoir politique de contester toute intervention citoyenne, pour la limiter, pour la réduire, pour empêcher son expression. Alors que chaque citoyen possède une compétence qu’il doit pouvoir légitimement exprimer dans l’espace public.
LA DÉMOCRATIE :
IDÉE SOCIALE
OU SYSTÈME DE GOUVERNEMENT ?
« Nous avons eu l’occasion de mentionner ici et là la distinction entre la démocratie comme idée sociale, et la démocratie politique comme système de gouvernement. […] L’idée de démocratie est une idée plus large et plus complète que ce dont un État peut donner l’exemple, même dans le meilleur des cas. Pour être réalisée, cette idée doit affecter tous les modes d’association humaine : la famille, l’école, l’usine, la religion. » DEWEY John, Le public et ses problèmes, p. 237.
« Une démocratie est plus qu’une forme de gouvernement ; elle est d’abord un mode de vie associé, d’expériences communes communiquées. »
DEWEY John, Le public et ses problèmes, p. 169.
Bernard MÉRIGOT
RÉFÉRENCES
1. PARLEMENT ET CITOYEN, http://www.parlement-et-citoyens.fr, Le cadre théorique.
2. DEWEY John, The public and its problems, 1927.
DEWEY, John, Le public et ses problèmes, Folio, Paris, 2010, 337 p. Traduit de l’américain par Joëlle Zask. Collection Esais, n°533.
La Lettre du lundi de Mieux aborder l’avenir, lundi 18 février 2013
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2013
Nous poursuivons notre réflexion sur « Les pratiques des pouvoirs en place répondent-elles à l’idéal démocratique des territoires ? ». Pour qu’une réponse positive soit apportée, une condition première doit être apportée : un espace public de discussion est indispensable, aussi bien au niveau national qu’au niveau local. De quoi s’agit-il ? Emmanuel KANT nous aide à le définir.
UN PUBLIC DE CITOYENS
UNE CULTURE DE DISCUSSION
Emmanuel KANT, dans deux publications de 1784 (Réponse à la question : « Qu’est-ce que les Lumières » ? et Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique), esquisse l’exigence d’un espace public. Il s’agit d’un espace « où la critique, l’usage libre de la raison, doit pouvoir se déployer, rencontrer d’autres critiques et progresser ainsi indéfiniment, aussi loin que possible », comme le note Plínio Walder PRADO (1).
La raison, dans son usage public, est le seul tribunal auquel tout doit pouvoir être soumis, que cela concerne la société civile, le prince, la Constitution… C’est à cette condition que peut se former un public de citoyens cosmopolites, cultivés et éclairés par une culture de discussion.
On doit relever la modernité de la réflexion d’Emmanuel KANT sur le cosmopolitisme. Cosmopolite, c’est ce qui s’accommode de tous, ce qui comprend des personnes de tous les pays, ce qui subit l’influence de nombreux pays… Le cosmopolitisme est l’anticipation de l’ouverture moderne sur un monde qui reconnaît la diversité comme valeur. (2)
L’ESPACE PUBLIC EST UN DROIT SACRÉ
L’exigence d’un espace public est inconditionnelle et absolue. Emmanuel KANT écrit qu’elle relève des « droits sacrés » de l’humanité. Il réfute, d’une façon catégorique et définitive, toute censure. Puisque nul ne saurait être certain d’agir par pur respect à l’égard de la loi morale, personne n’a le droit de prétendre se mettre à la place de la raison (ou de la loi) pour interdire l’humanité de progresser, c’est-à-dire de méconnaître ne serait-ce qu’un seul argument.
TOUTE CENSURE DOIT ÊTRE CONDAMNÉE
Plínio Walder PRADO exprime cette pensée forte : « La censure, c’est-à-dire l’interdiction de rendre publique, de publier une pensée, apparaît dès lors comme un crime contre l’humanité. »
LA CAPACITÉ DE JUGER PUBLIQUEMENT
Quel est l’état de l’espace public aujourd’hui, deux cents ans après son élaboration par KANT ? Plínio Walder PRADO répond : « A l’époque où l’information devient la donnée stratégique de nos sociétés, où l’on procède à la « socialisation des nouvelles technologies », l’espace public contemporain est investi de long en large par les médias de production et de télédiffusion d’informations, y compris « culturelles ». Ceux-ci, indissociables du développement technologique, sont placés sous la régulation totale de la loi de l’échange économique. Or ce complexe techno-économico-médiatique, issu des conquêtes de la rationalité technique et scientifique, a en retour un impact considérable sur l’aptitude à user publiquement et librement de la raison, sur la capacité de juger, et pour tout dire, sur les promesses d’un progrès dans la culture de la liberté, incarnées originairement par l’idée d’espace public. »
Bernard MÉRIGOT
RÉFÉRENCES
1. PRADO Plínio Walder, « Le partage de la sensibilité. Essai sur les limites de l’argumentation», Hermès, n°10, 1992, CNRS. Version révisée par l’auteur.
2. Le cosmopolitisme est un concept créé par DIOGÈNE, à partir des mots grecs cosmos (univers) et politês (citoyen). Il exprime l’idée que l’origine et l’attachement aux particularités d’un territoire, ou d’une communauté, n’empêche pas de toucher à l’universalité. Il vise un idéal d’unification mondiale des institutions économiques, politiques, linguistiques, juridiques, religieuses… Les penseurs du cosmopolitisme proposent des politiques cosmopolitiques qui vont d’une vision unificatrice et universaliste à celle d’une multiplicité, d’une multi-dimensionnalité, recouvrant l’espace des systèmes politiques.
« Cosmopolitique » apparaît en français comme adjectif lors de la traduction de l’ouvrage d’Emmanuel KANT Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique. Il devient substantif, remplaçant le mot « cosmopolisme » devenu péjoratif. Aujourd’hui, « cosmopolitique » est un concept de la philosophie de l’histoire universelle selon lequel le point de vue universel s’impose aux contingences particulières.
La Lettre du Lundi de Mieux Aborder L’Avenir,
n°25, lundi 4 février 2013
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2013