CONTEXTE. A Savigny-sur-Orge (Essonne), Bernard MÉRIGOT (ex DLR) soutien Pierre GUYARD (PS). A Bapaume (Pas-de-Calais), Jean-Paul DELEVOYE (ex UMP) soutien Jean-Jacques COTTEL (PS). A Paris, dans le 15e arrondissement, Dominique VERSINI (UMP) soutien Anne HIDALGO (PS) aux municipales de 2014.
ENJEUX. Quelles raisons avancent-ils ? Que faut-il penser de l’argument de l’UMP selon lequel il s’agirait de « trahisons » ? Le registre argumentaire dans lequel s’inscrit cette accusation est-il démocratiquement justifiable ?
LA DROITURE, LE PARCOURS,
LA QUALITÉ D’ÉCOUTE, LE TRAVAIL
Question. Quelles raisons sont-elles avancées par des hommes et des femmes politiques ?
Bernard MÉRIGOT. Dominique VERSINI, ex-secrétaire d’État de Jean-Pierre RAFFARIN (UMP), sera candidate sur la liste conduite dans le 15e arrondissement de Paris par Anne HIDALGO, la candidate PS à la mairie de Paris. Quelles raisons donne-t-elle ? « J’ai choisi de m’engager aux côtés d’Anne HIDALGO, tout simplement parce que je suis en accord avec toutes les valeurs qu’elle porte, ainsi qu’avec les grands axes de son projet. La personne qu’elle est : sa droiture, son parcours me séduisent, tout comme sa qualité d’écoute et de travail. Incontestablement elle connaît bien ses dossiers, elle y a beaucoup réfléchi. » (1)
LA FIN DU GAULLISME HUMANISTE
Question. Qui est Dominique VERSINI ?
Bernard MÉRIGOT. Dominique VERSINI vient de la société civile. Elle a créé le Samu social de Paris en 1993. C’est une femme engagée sur le terrain pour les personnes les plus fragiles. C’est Jacques CHIRAC qui lui a permis de faire vivre ce projet lorsqu’il était maire de Paris et elle l’a soutenu en tant que gaulliste humaniste. Pour elle, « la droitisation de l’UMP a compté énormément. Je n’ai jamais été d’accord avec la façon dont l’UMP sarkozyste a traité les questions sociales. »
L’ACCUSATION DE TRAHISON
EST UNE ABOMINATION
Question. Que pensez-vous de ceux qui dénoncent de prétendues « trahisons » de ceux qui soutiennent des socialistes ?
Bernard MÉRIGOT. Dénoncer des « traîtres » rappelle de mauvais souvenirs, ceux de temps troublés que les tous les démocrates exècrent. Il est inquiétant que ceux qui se recommandent de l’UMP se fassent les propagateurs de telles idées. Invoquer de prétendues trahisons est une accusation grave. C’est un retour à l’époque des dénonciations et des lettres anonymes.
L’ENGAGEMENT POLITIQUE
N’EST PAS UN ENGAGEMENT RELIGIEUX
Question. Est-ce que vous reprendriez la phrase « Ils ne savent pas ce qu’ils font » ?
Bernard MÉRIGOT. Vous ne savez pas si bien dire. Sauf que, dans le cas présent, ceux qui dénoncent des «traîtres» savent très bien ce qu’ils font. Le registre de la trahison comprend une dimension religieuse pervertie. L’engagement politique est-il semblable à un engagement religieux ? On est en droit de se le demander à les écouter et à les lire.
Il est contraire aux libertés démocratiques de ne pas reconnaître que l’adhésion que l’on apporte à un mouvement, ou à un parti politique, évolue dans le temps. Est-ce que se reconnaître dans des idées et dans des hommes, et adhérer (en payant une cotisation), doit être assimilé à un engagement perpétuel que l’on prononcerait à l’égard d’une religion ?
LA FRANCE CHANGE …
… L’ENGAGEMENT POLITIQUE CHANGE
Question. Pourquoi ?
Bernard MÉRIGOT. Parce que la France politique de 2013, ni celle de 2003, ni celle de 1993, ni celle de 1983. Pourquoi un engagement politique personnel devrait-il demeurer identique lorsqu’on a 20 ans, 30 ans, 40 ans, 50 ans, et plus…
Question. Que répondez-vous à ceux qui écrivent : « (Cet homme) aujourd’hui, soutien la liste PS. Mais où sont passés la défense des valeurs, l’engagement politique et la crédibilité envers les électeurs ? »
Bernard MÉRIGOT. Les valeurs que je défends sont publiques. Ma crédibilité est publique. Sur le présent site (http://savigny-avenir.info), 700 articles en ligne en témoignent. Voir notamment les articles indiquées en note (2). Ce sont ceux qui pensent toujours la même chose, ceux qui empêchent les autres de changer, et ceux qui dénoncent ceux qui changent qui trahissent la vie démocratique.
POUR UNE DÉMOCRATIE CRÉATRICE
(Creative Democracy)
Question. Quelles sont ces valeurs ?
Bernard MÉRIGOT. Vous le savez, je suis un disciple du philosophe américain John DEWEY. Il a dressé en 1939 un programme politique auquel je souscris entièrement. Le voici.
« L’intolérance, les insultes, les mauvais traitements pour des divergences d’opinion en matière de religion, de politique (…), sont des trahisons du mode de vie démocratique. En effet, tout obstacle à une communication libre et complète dresse des barrières qui séparent les individus en cercles et en cliques, en sectes et en factions antagonistes, et mine par le fait même le mode de vie démocratique.
Les lois garantissant les libertés civiles telles la liberté de conscience, la liberté d’expression ou la liberté de réunion ne sont guère utiles si, dans la vie courante, la liberté de communiquer, la circulation des idées, des faits, des expériences sont étouffées par le soupçon, l’injure, la peur et la haine.
Ces choses détruisent la condition essentielle du mode de vie démocratique avec encore plus de sûreté que la coercition pure, qui – l’exemple de l’état totalitaire en témoigne – agit seulement lorsqu’elle parvient à nourrir la haine, la méfiance et l’intolérance dans l’esprit des individus. » (3)
RÉFÉRENCES
1. VERSINI Dominique,« Versini : Kosciusko-Morizet ne connaît pas les dossiers parisiens », Le Journal du Dimanche, http://www.lejdd.fr, 26 novembre 2013. Interview réalisé par Gaspard Dhellemmes.
2. MÉRIGOT Bernard, « Savigny-sur-Orge. Bernard Mérigot apporte son soutien à Pierre Guyard (PS)», http://www.savigny-avenir.info, 31 octobre 2013. OBSERVATOIRE DES ÉLECTIONS MUNICIPALES 2014, n°7 LES ÉLECTIONS MUNICIPALES COMMANDÉES PAR DES « PATRONS » POLITIQUES ? Question. Vous êtes maire adjoint honoraire de Savigny-sur-Orge et, à ce jour, le seul conseiller municipal adhérent à Debout la République (DLR). Que pensez-vous de …
MÉRIGOT Bernard, « Soutenir un candidat socialiste aux élections municipales est une façon de défendre l’intérêt général (Jean-Paul Delevoye), http://www.savigny-avenir.info, 5 novembre 2013. DELEVOYE-MÉRIGOT, MÊME COMBAT ? Question. Le 31 octobre 2013, Bernard MÉRIGOT annonce qu’il soutient Pierre GUYARD, candidat PS à la mairie de Savigny-sur-Orge (Essonne) et qu’il quitte DLR. Le 1er novembre 2013, Jean-Paul DELEVOYE annonce qu’il soutient Jean-Jacques COTTEL, candidat PS…
3. DEWEY John, « Creative Democracy. The Task before Us » in Later Works (1925-1953) (vol. 14), édités par Jo Ann Boydston et alii, Southern Illinois University Press, Carbondale (1e édition 1977, broché, 1983).
DEWEY John, « La démocratie créatrice. La tâche qui nous attend », Horizons philosophiques, vol. 5, n° 2,1997. Traduction de Sylvie Chaput.
DEWEY John, « La démocratie créatrice », Revue du MAUSS 2/2006 (no 28), p. 251-256.
http://www.cairn.info/revue-du-mauss.
Mention du présent article http://www.savigny-avenir.fr/2013/11/27/municipales-2014-pourquoi-autant-danciens-ump-soutiennent-ils-des-candidats-ps/
http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819 Dépôt légal du numérique, BNF 2013
« C’est la crainte de voir Savigny-sur-Orge passer à gauche lors des prochaines municipales qui a poussé Daniel JAUGEAS (DLR) à s’allier à l’UMP ». (1) Curieux argument pour justifier le ralliement de Debout la République à Éric MEHLHORN. Serait-ce pour cette raison que le mini parti politique présidé par Nicolas DUPONT-AIGNAN fasse cause commune avec un conseiller général UMP, conseiller municipal minoritaire, démis de ses fonctions d’adjoint au maire par Laurence SPICHER-BERNIER en 2012 ?
LA CRAINTE PEUT-ELLE COMMANDER
L’ACTION POLITIQUE ?
Que craint Daniel JAUGEAS à Savigny-sur-Orge ? Une pratique autocratique du pouvoir municipal ? Nous l’avons. Des dépenses galopantes ? Nous les avons. Une augmentation des impôts ? Nous les avons. Une absence d’investissements utiles ? Nous l’avons. Une mauvaise gestion des services municipaux ? Nous l’avons. Une gestion calamiteuse de la politique de la commune à l’égard de la communauté Les Portes de l’Essonne. Nous l’avons.
Et tout cela, nous l’avons avec Laurence SPICHER-BERNIER, maire UDI de Savigny-sur-Orge depuis 2008, et avec Éric MEHLHORN dont elle est la suppléante au conseil général.
La crainte, ce n’est pas que la « gauche » (PS) prenne le pouvoir, c’est que la « droite » (UDI, Parti radical, CNIP, UMP), actuellement au pouvoir, le conserve, et continue de l’exercer avec les mêmes méthodes autocratiques et anti-participatives.
Daniel JAUGEAS (DLR) et Éric MEHLHORN (UMP)
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DE LA CRAINTE ANNONCÉE
À LA PEUR SUSCITÉE…
Quelle étrange conception de la démocratie municipale et du débat républicain que d’utiliser un tel argumentaire politique ! Parce que cette crainte ressentie, cette crainte infondée a des effets sur le mode de raisonnement politique développé. Elle conforte une mise en scène de la peur auprès des électeurs. Le choix des mots n’est jamais innocent. Pourquoi parler de « prise de pouvoir » ? Y aura-t-il un coup d’état municipal ? Un putsch communal? Un pronuciamento local ? Ou alors est-ce pour faire peur… Peur de la gauche ? Parce que la droite, elle ne fait jamais peur ?
Nous sommes dans le cadre d’élections démocratiques. Une majorité se prononce pour la liste conduite par un candidat : il est élu. Un point, c’est tout. Il n’y a aucune « prise de pouvoir » là-dedans. Uniquement l’application des règles de la démocratie.
RÉFÉRENCES
1. « A Savigny-sur-Orge, un accord entre l’UMP et Debout la République », Le Parisien Essonne matin, 30 octobre 2013. On notera que contrairement aux autres articles, aucun nom de journaliste ne signe l’article. Serait-ce la reprise « mot pour mot » d’un communiqué de presse de l’UMP ? Un publireportage, en quelque sorte…
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DÉCODAGE
CONTEXTE. Le conseil municipal de Savigny-sur-Orge (37 000 habitants) compte un total de 39 membres, dont un maire, Laurence SPICHER-BERNIER (ex UMP, ex Parti radical, CNI, UDI…) et 11 adjoints.
ENJEUX. Entre 2009 et 2013, six adjoints au maire (sur 11) ont quitté leur fonction, soit 54% de l’effectif. Un tel taux de renouvellement est un indicateur indiscutable : un profond malaise affecte la gouvernance municipale. Plus de la moitié des adjoints élus en 2008 (pour le mandat 2008-2014) ont disparu ! A six mois des prochaines élections municipales (les 23 et 30 mars 2014), les observateurs s’interrogent : d’autres adjoints seront-ils appelés à quitter à leur tour la cabine de pilotage de l’exécutif communal ?
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Lors de la séance du lundi 30 septembre 2013, le conseil a voté le retrait de la fonction d’adjoint au maire à Jean-Michel ZAMPARUTTI. Le vote a été précédé par un débat dans lequel Jean-Marc DEFRÉMONT, conseiller municipal (PS) est intervenu. Surprenantes prises de paroles de Jean ESTIVILL (Divers gauche ?) et de David FABRE (Divers ?) qui invoqua le «respect». Un respect dont l’intéressé Jean-Michel ZAMPARUTTI n’a pas fait preuve, toutes les personnes présentes à cette séance publique du conseil municipal ayant pu constater qu’il était absent ! Il ne s’était pas excusé et n’avait pas donné de pouvoir à David FABRE. Étonnant.
LES 6 REMPLACEMENTS DE MAIRES-AJOINTS
au cours du mandat 2008-2014
L’AFFAIRE ZAMPARUTTI
RÉFÉRENCES
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UN AN SANS RIEN FAIRE !
« Depuis cette date également, je n’ai pu obtenir aucune réponse aux questions tant orales qu’écrites ayant trait au domaine qui m’était délégué. Je n’ai été rendu destinataire d’aucun parapheur, d’aucun document de quelque nature qu’il soit, d’aucune invitation à réunion (sic). Tout se passe comme si il (sic) avait été donné au plus haut niveau de la hiérarchie communale des consignes visant à me laisser dans l’ignorance. »
PRIVÉ DE PARAPHEUR (le pauvre !)
« Cette situation est semblable à celle qui prévalait lorsque j’étais délégué aux travaux. Là encore aucun parapheur, aucune contribution à des réunions techniques aucune contribution à la construction budgétaire pendant l’année 2012. Les décisions se prenaient en mon absence. Il est à souligner que la commission des travaux ne s’est pratiquement pas réunie depuis près de deux ans. »
DES QUESTIONS…
Les observateurs de la vie municipale s’étonneront que ce soit en août 2013, six mois avant les élections municipales de 2014, qu’un maire adjoint (élu en 2008) s’aperçoive qu’il n’a rien à faire, alors qu’il touche une indemnité conséquente. Comment se fait-il qu’il ait présenté des délibérations lors des séances du conseil municipal ? Comment se fait-il qu’il les ait toujours votées selon les directives du maire ?
Il est étonnant que, constatant la carence des initiatives du maire, Jean-Michel ZAMPARUTTI n’ait pas pris l’initiative – lui – de convoquer, de son propre chef, une commission dont il était le vice-président.
Prochaines étapes :
Est-ce que, dans les trois cas énumérés ci-dessus, on lui transmet des parapheurs ? Grave question à six mois des élections municipales.
A moins que cela ne soit un tour de passe-passe de plus, pour être sur la liste UMP d’Éric MEHLHORN, ancien adjoint au maire qui est resté plusieurs mois dans le même cas que M. ZAMPARUTTI (en somme, une habitude de Laurence SPICHER-BERNIER), lors des municipales de 2014 ?
Au fait, à combien sommes-nous aujourd’hui de maires adjoints démissionnaire, démis de leur fonction ou réclamant de l’être depuis septembre 2008 ? 1 démissionnaire, 4 démis de leur fonction et remplacés, 1 réclamant le retrait de sa délégation… Au total, 6 adjoints sur 11 soit plus de 54,5 % des adjoints élus avec Jean MARSAUDON en mars 2008 ! Étonnant, non ?
COMMENTAIRE du 30 août 2013
Cet article a été publié dans la nuit du 29 au 30 août. Ce matin, le site www.essonneinfo.fr publie une information sur l’arrivée de Jean-Michel ZAMPARUTTI sur la liste de David FABRE, avec conférence de presse à l’appui la semaine prochaine. L’intox serait-elle plus forte que l’info ? Pour preuves, deux données inexactes sont mentionnées par David FABRE : 1. La lettre à Madame le Maire, publiée ci-dessus, ne mentionne pas la non-intention de son auteur d’aller sur la liste MEHLHORN. 2. M. ZAMPARUTTI n’a pas jamais été pressenti par la majorité de l’époque pour remplacer Jean MARSAUDON au cours des réunions organisées afin de pourvoir à la vacance du siège de maire. Il s’agit d’une rumeur…
RÉFÉRENCES
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DÉCODAGE
CONTEXTE. L’augmentation considérable depuis les années 2000 des budgets de communication des collectivités territoriales (communes, communautés, syndicats intercommunaux, conseils généraux…) a eu pour effet de transformer les citoyens en cibles d’une propagande permanente (luxueux bulletins municipaux, journaux de collectivités, plaquettes diverses, sites Internet, Twitter, Facebook…).
ENJEUX. Le discours d’auto glorification que les pouvoirs en place tiennent sur leur action est devenu un discours territorialement dominant. On est en droit de se demander si une expression pluraliste et une appréciation critique ont encore une place. Est-elle encore tout simplement légitime ?
UNE MUNICIPALISATION DE LA PROPAGANDE ?
Les dispositifs sont connus. Les maires et les présidents des assemblées exécutives territoriales disposent de moyens considérables pour diffuser les informations qu’ils souhaitent, et cela sans aucun contrôle, si ce n’est de leur propre majorité. Les citoyens et les élus minoritaires se demandent si une pensée différente du discours dominant est tout simplement possible.
L’idée s’est lentement et discrètement imposée aux esprits des citoyens : le bulletin municipal (et les sites Internet officiels, abonnements automatiques aux Lettres, News et autres comptes Twitter…) sont le seul moyen qui s’impose à eux pour être informés de ce qui se passe dans leur commune ou leur communauté. Il s’agit d’une source qui présente trois caractéristiques : institutionnelle, unique et non-contradictoire. Le maire, comme le président de la communauté, sont des directeurs de publications entièrement financées par des fonds publics. Ils disposent de collaborateurs pour rédiger, d’un service de communication pour « communiquer », de photographes pour illustrer, de maquettistes pour présenter, d’imprimeurs pour éditer, de distributeurs pour déposer dans toutes les boîtes à lettres bulletins, guides, lettres du maire…, de webmasters pour mettre en ligne 24 heure sur 24…
DISCRÉDITER LA MINORITÉ
C’est ainsi que l’on peut voir durant toute la durée d’un mandat (6 ans, ce qui est long…), un maire et sa petite majorité du conseil municipal, représentant 53% du conseil municipal, disposer de tous les moyens pour imposer une vision unique de la politique locale. Le problème commence à partir du moment où la ligne éditoriale ne consiste pas seulement à présenter la vie de la commune, mais à la justifier de façon manichéenne :
On a alors droit à toute une série de variations sous-tendues par des propositions comme :
Un pas supplémentaire est souvent franchi lorsque la majorité discrédite les membres de la minorité (ou des minorités) :
UNE MAIRIE PEUT MAL FONCTIONNER
Une mairie peut-elle mal fonctionner ? Oui, répond le sociologue Paul CHOMBART DE LAUWE. Il est intéressant de lire dans son livre Pour comprendre la France, au chapitre qu’il consacre au « Guide Aide-mémoire » de l’enquête sociale, cette phrase « La mairie, maison commune. Son organisation et son bon ou mauvais fonctionnement ». (1) Ainsi, l’enquêteur de terrain doit envisager qu’une mairie peut mal fonctionner. La question est donc légitime.
LE DROIT D’INVENTAIRE
Paul CHOMBART DE LAUWE a proposé cette démarche dans le cadre de l’École des cadres d’Uriage en 1947. Une étude critique de terrain concernant une institution publique est toujours légitime. Aujourd’hui, on écrirait que « l’inventaire de la gouvernance locale est un préalable de toute sociologie urbaine ». Il y a une différence entre deux attitudes. On voit certains membres de la classe politique s’interroger sur le « droit d’inventaire » concernant des actions politiques passées. On voit la recherche universitaire reconnaître le principe de l’examen critique («bon / mauvais») du fonctionnement des institutions publiques. Cette dernière position est conforme au principe d’égalité d’accès aux connaissances, à l’idéal démocratique et au fondement de la liberté citoyenne.
RÉFÉRENCES
CHOMBART DE LAUWE Paul, Pour comprendre la France, Les Presses de l’Ile-de-France, 1947, p.73
Paul-Henry Chombart de Lauwe (1913-1998). Sociologue, précurseur de la sociologie urbaine en France. Après avoir étudié l’anthropologie avec Marcel MAUSS, il effectue une recherche de terrain au Cameroun. Après la défaite de 1940, il participe à l’École des cadre d’Uriage puis rejoint la Résistance, quitte la France et s’engage dans l’armée française en Afrique du Nord en 1942. Pilote dans un groupe de chasse, il fait les campagnes d’Italie, des Vosges et d’Allemagne. Il reçoit à ce titre la Légion d’honneur et la Croix de guerre.
En 1945, il conduit ses premiers travaux au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) sur la sociologie urbaine. En 1949, il fonde le Groupe d’ethnologie sociale et s’intéresse au milieu ouvrier. En 1952, le groupe publie un ouvrage sur Paris et son agglomération. De nombreuses enquêtes sociologiques aboutissent à la publication en 1956 de la Vie quotidienne des familles ouvrières. En 1959, le groupe devient le Centre d’ethnologie sociale. Entré à l’École pratique des hautes études, il y dirige, en tant que directeur d’études, un séminaire sur les transformations de la vie sociale et les processus d’interaction entre les individus, les groupes, la société. Après mai 1968, il oriente ses recherches vers les mouvements sociaux et le rôle des intellectuels.
La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°54, lundi 26 août 2013
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« Faut-il tromper le peuple pour son bien ? » Jonathan SWIFT (1667-1745) pose la question dans son pamphlet L’Art politique du mensonge (1). Nous la reprendrons ici sous la forme voisine : « Faut-il tromper les électeurs pour leur bien ? »
Le mensonge en politique est un art qui consiste à « faire croire au peuple des faussetés salutaires ». Art délicat qui obéit selon Jean-Jacques COURTINE (2) à cinq principes :
LA LOIS DU MENTIR-VRAI
Les lois du « mentir-vrai » sont une question qui traverse la réflexion politique depuis La République de PLATON et Le Prince de MACHIAVEL. La question centrale demeure celle-ci : Faut-il cacher la vérité au peuple pour son bien ou le tromper pour son salut ? Dans chacun des cas, la vérité est battue.
LES TROIS CONTREFAÇONS POLITIQUES
Il existe une typologie qui comprend trois contrefaçons politiques :
L’art du mensonge est l’art complexe du glissement, du détournement, de la manipulation. Il occupe un «juste milieu», usant d’une technique subtile de dosage : les mensonges politiques sont toujours fabriqués avec des faits partiellement vrais, incomplets, utilisés hors contexte. C’est pourquoi ils parviennent à tromper si facilement.
RÉFÉRENCES
1. SWIFT Jonathan, L’Art du mensonge politique, Jérôme Millon éditeur, 1993, p. Le texte a été publié en 1733.
2. COURTINE Jean Jacques, « Le mentir vrai », Préface à L’Art du mensonge politique de Jonathan SWIFT, Jérôme Millon éditeur, 1993. Jean-Jacques COURTINE est professeur d’anthropologie à la Sorbonne-Paris III.
La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°51, lundi 5 août 2013
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UNE ATTEINTE A LA DÉMOCRATIE LOCALE
Question. Que faut-il penser de la pratique d’un maire qui convoque un conseil municipal un lundi à 8 heures 30 du matin ?
Bernard MÉRIGOT. Toutes les communes normales tiennent leurs séances le soir, généralement à 20 heures 30. Cela permet à tous les conseillers municipaux, et aux citoyens qui le souhaitent, d’être présents. C’est évidemment la pratique des communes voisines (Athis-Mons, Juvisy-sur-Orge, Viry-Châtillon, Morangis, Massy, Lonjumeau, Corbeil-Essonnes…). C’est également la pratique en province où j’assiste souvent, pour le compte de l’Observatoire de la démocratie locale, à des séances de conseils municipaux et à des conseils de communauté.
A l’inverse, la pratique de Laurence SPICHER-BERNIER qui convoque le conseil municipal à 8 heures 30 (du matin) est une atteinte à la démocratie locale. Cette atteinte est double :
DES CONVOCATIONS A 5 JOURS !
Question. Quand cette convocation est-elle parvenue aux conseillers municipaux ?
Bernard MÉRIGOT. La convocation pour la séance du lundi 24 juin 2013 à 8 heures 30 (du matin), a été adressée aux 39 membres du conseil municipal par un courrier posté le mardi 18 juin. Ce courrier été distribué par le préposé de La Poste le mercredi 19 juin. Chaque conseiller municipal l’a découverte le soir dans sa boîte à lettre en rentrant de son travail. (1)
Question. Mais les employeurs ont l’obligation de donner des autorisations d’absence aux conseillers municipaux ?
Bernard MÉRIGOT. Imaginez que vous annonciez à votre employeur/employeuse le jeudi 20 juin : « Je peux pas être au travail, dans quatre jours, le lundi 24 juin toute la matinée parce que j’ai un conseil municipal. Le travail pour lequel vous me payez devra attendre. Et comme une séance de conseil municipal peut durer près de trois heures et demi (de 8 H 30 à 11 H 30, par exemple), et que j’ai une heure et demi de transport, je ne suis pas sûr d’arriver à mon travail avant 14 heures ». Voilà une journée de travail amputée de six heures !
Laurence SPICHER-BERNIER feint de laisser croire que l’employeur/employeuse répondra « Faites donc, cher ami(e). Vous viendrez travailler quand vous le pourrez. Bien évidemment, je vous paye pour que assistiez à votre conseil municipal. Votre travail attendra. Saluez votre maire de ma part ».
Il s’agit d’une fiction qui relève de l’impudence antidémocratique.
Et si le conseiller municipal (ou la conseillère municipale) exerce une profession libérale, par exemple, cela veut dire qu’il (ou elle), sera absent de son lieu de travail pendant six heures, six heures de rendez-vous, de réunions, de communications téléphoniques, de mails… professionnels, et ce, un jour ouvrable, à des heures ouvrables.
La disponibilité que Laurence SPICHER-BERNIER feint d’exiger des conseillers municipaux minoritaires (qui exercent une fonction bénévole, donc non rémunérée) est exorbitante.
7 CONSEILLERS MUNICIPAUX SOLIDAIRES
Question. Êtes-vous êtes le seul conseiller municipal à adopter cette position ?
Bernard MÉRIGOT. Mon collègue Jean-Claude LÉOST, président du groupe Imagine Savigny (PS), a publié au nom de 6 conseillers municipaux, un texte intitulé « Pourquoi le conseil municipal du 24 juin 2013 à 8 heures 30 se tiendra sans l’opposition ». Présentement, 7 conseillers municipaux sur 39 dénoncent les pratiques anti-démocratiques de Laurence SPICHER-BERNIER.
DOCUMENT

Pourquoi le Conseil municipal du 24 juin 2013 à 8h30 se tiendra sans l’opposition ? (2)
Texte du groupe Imagine Savigny en pdf :
Pourquoi le Conseil municipal du 24 juin 2013 à 8h30 se tiendra sans l’opposition – Imagine Savigny
RÉFÉRENCES
1. COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, Conseil municipal du 24 juin 2013, Convocation, Ordre du jour, 2 p.
COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, Conseil municipal du 24 juin 2013, Notes de synthèse, 27 p.
COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, Conseil municipal du 28 février 2013, Extrait du Registre des délibérations du conseil municipal, 28 p.
COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, Conseil municipal du 25 mars 2013, Extrait du Registre des délibérations du conseil municipal, 43 p.
NB. Tous ces documents sont publics.
2. IMAGINE SAVIGNY (Groupe du Parti socialiste). www.imaginesavigny.free.fr, 24 juin 2013.
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L’historien François Weil rappelle que la démocratie n’est pas un système d’institutions, mais une forme de société caractérisée par « le refus de l’incorporation, les divisions, l’hétérogénéité et l’indétermination ». Reprenant la formule de Claude LEFORT, il note que la démocratie « est un lieu vide, fondamentalement précaire et révocable, instable et transitoire, inachevé, par vocation et par nature, ouvert aux interrogations, aux contestations et à la pluralité ».
EN POLITIQUE,
IL EXISTE UN SEUIL D’ALERTE CRITIQUE DE LA RECHERCHE
Comment mesurons-nous – en tant que chercheurs et en tant que citoyens – les conséquences de ces propositions ? Par la reconnaissance de l’existence d’une consonance entre la conception de la société démocratique et la manière dont nous jugeons indispensables la fonction d’alerte critique de la recherche en sciences humaines et sociales. A l’évidence, les évolutions et les tensions que connaissent aujourd’hui les sociétés démocratiques invitent tous les acteurs de la vie sociale et politique à pénétrer dans l’atelier du philosophe et à penser, et repenser constamment, le chantier démocratique ainsi que sa pratique nécessairement renouvelée.
UN RÉGIME À HAUT RISQUE
Qui dit incertitude, dit risque. Un risque à la fois fécond et menaçant, parce que la démocratie est un régime à haut risque. « La démocratie ne peut vivre que des contestations et des critiques qu’elle suscite ».
LA SOUFFRANCE DE LA DÉMOCRATIE
Lorsque contestations et critiques peuvent s’exprimer, nous sommes en démocratie. Lorsqu’il ne peut y avoir ni contestation ni critique, nous ne sommes plus en démocratie. Leur répression retire à la démocratie son fondement, celui qui lui permet d’exister.
Le problème surgit, à l’échelle de n’importe quel territoire, lorsque les pouvoirs en place empêchent l’expression des contestations et des critiques, lorsqu’ils les censurent, lorsqu’ils les répriment : la démocratie est malade, elle souffre.
La porte pour toutes les méfiances, de toutes les défiances, de tous les extrémismes, est tous les intégrismes, est ouverte.
RÉFÉRENCES
WEIL François, Allocution, Fragilité et fécondité des démocraties, la dissolution des repères de la culture, conférence de Claude Lefort, XXXIe conférence Marc Bloch, Grand amphithéâtre de la Sorbonne, 9 juin 2009.
François Weil est historien, directeur d’études à l’EHESS, président de l’EHESS, recteur de l’Académie de Paris.
LEFORT Claude, Fragilité et fécondité des démocraties, la dissolution des repères de la culture, conférence de Claude Lefort, XXXIe conférence Marc Bloch, Grand amphithéâtre de la Sorbonne, 9 juin 2009. www.cmb.ehess.fr
La Lettre du lundi de Mieux Aborder L’Avenir, lundi 10 juin 2013
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BNF. Dépôt légal du numérique, 2013
Question. Est-ce que les Portes de l’Essonne se conforment à la loi ?
Bernard MÉRIGOT. Non. Le président François GARCIA fait mettre en ligne sur le site officiel de la Communauté d’agglomération Les Portes de l’Essonne (www.portesessonnes.fr), un ordre du jour censuré de la séance publique du 29 mai 2013 ! Ce n’est pas la première fois. Cela avait déjà été le cas pour la séance du 28 mars. Le « notamment » qui figure dans l’annonce de l’ordre du jour censuré est admirable : c’est une façon de tromper les 102 000 habitants des cinq communes de la CALPE.
CE QUI EST CENSURÉ
Question. Qu’est-ce qui vous permet de dire cela ?
Bernard MÉRIGOT. L’ordre du jour mis en ligne sur le site officiel comporte 4 points, alors que l’ordre du jour complet des convocations adressées aux conseillers communautaires comporte 10 points ! Faisons le calcul : 10 – 4 = 6. Il manque six points de l’ordre du jour, c’est à dire 60%. Ce procédé est scandaleux.
PAS IMPORTANT, DITES-VOUS ?
Question. Et si on vous dit que ces six points censurés ne sont pas importants ?
Bernard MÉRIGOT. Pas important ! Ce serait la meilleure. Parmi les points censurés, il y a le point n°1 « Compte rendu des attributions exercées par délégation du conseil de communauté par le président du 4 avril au 3 mai 2013 ». Pas important, dites-vous ? Il s’agit de 48 décisions (du n°2465 au n° 2513). Pas important, dites-vous ? Le point n°5 « Commission consultative des services publics locaux. Saisine sur le choix du mode de gestion du service public de l’eau potable de Morangis ». Pas important, dites-vous ? Le point n°6 « Condition de la commission de délégation du service public d’eau potable ». Pas important, dites-vous ? Le point n°7 « Avis de la CALPE sur le projet arrêté de PLU de la commune de Paray-Vieille-Poste avant enquête publique ». Pas important, dites-vous ?
Question. Quelle est la solution ?
Bernard MÉRIGOT. Elle est simple. Elle consiste à mettre en ligne tout simplement un ordre du jour complet.
1. L’ORDRE DU JOUR CENSURÉ
On lira ci-dessous l’ordre du jour en 4 points qui est en ligne sur le site officiel de la communauté d’agglomération Les Portes de l’Essonne (CALPE), « www.portesessonnes.fr » tel qu’il a été consulté le mercredi 29 mai 2013. (1)
2. L’ORDRE DU JOUR COMPLET
On lira ci-dessous la convocation/ordre du jour en 10 points en date du 22 mai adressé aux membres de la communauté d’agglomération. (2)
COMBATTRE LA DÉMOCRATIE INTERMITTENTE
Question. Quel est votre analyse politique ?
Bernard MÉRIGOT. Pierre MENDÈS-FRANCE écrivait « La démocratie, c’est partout et tout le temps » (3). Je constate que ses paroles méritent d’être encore et toujours répétées. Parce que, pour certains, c’est pas partout et pas tout le temps, et surtout, pas de façon complète. Il faut combattre toutes les formes de démocratie intermittente.
« TOUJOURS PLUS DE DÉMOCRATIE »
Je suis un disciple du philosophe américain John DEWEY. Il a écrit une phrase profonde, qui doit être, elle aussi, sans cesse répétée aux élus et aux fonctionnaires des administrations territoriales et à tous ceux qui n’apportent pas le soin démocratique que les citoyens attendent. Cette phrase est la suivante : « Le remède aux maladies de la démocratie est : davantage de démocratie. » (4)
Rien ne justifie la méfiance de ceux qui exercent le pouvoir à l’égard des citoyens. Il faut d’urgence guérir la démocratie de ses maladies. Les plus graves sont celles qui commencent à se manifester par des symptômes discrets qui se nomment : négligence, omission, refus de communiquer des informations publiques, censure… Chez les citoyens, s’installe alors, tel un virus, la méfiance à l’égard des élus et des administrations. Elle se développe, et prolifère. Et lorsque qu’un diagnostic est établi, il est toujours à craindre que ce soit trop tard !
RÉFÉRENCES
1. COMMUNAUTÉ D’AGGLOMÉRATION LES PORTES DE L’ESSONNE, www.portesessonne.fr, 29 mai 2013.
2. COMMUNAUTÉ D’AGGLOMÉRATION LES PORTES DE L’ESSONNE, Conseil de communauté, séance du jeudi 30 mai 2013, 2 pages.
3. MENDES-FRANCE Pierre, La République moderne, 1962.
4. DEWEY John, Le public et ses problèmes, 2003, p. 155. Traduction nouvelle.
Le conseil de communauté de l’agglomération Les Portes de l’Essonne se réunit en séance publique le jeudi 30 mai 2013, à 20 heures au siège de la CALPE 3, rue Lefèvre Utile, 91205 ATHIS MONS CEDEX
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2013
Le jeudi 28 mars 2002, à 1 heure 15 du matin, la séance du Conseil municipal de Nanterre (Hauts-de-Seine) s’achève. Le budget de la commune vient d’être voté. Un individu y a assisté dans les rangs du public, Richard DURN, 33 ans. Il se lève. Il est armé et tire à 40 coups reprises sur les membres du Conseil municipal. Il tue huit conseillers municipaux et maires-adjoints. Il en blesse grièvement huit autres.
Il est maîtrisé et arrêté par la police qui le trouve en possession de trois armes : deux pistolets Glock 9 mm, un chargeur de 15 cartouches, un pistolet Smith et Wesson 357 Magnum 9 mm, un chargeur de 6 cartouches. On retrouve sur lui 6 chargeurs de 15 cartouches, soit 90 cartouches.
Le même jour, alors qu’il est interrogé dans les locaux de la Police judiciaire, quai des Orfèvres à Paris, il est retrouvé mort dans la cour. Resté seul dans un bureau situé au deuxième étage, il aurait sauté par la fenêtre… (1)
LA DÉMOCRATIE EST-ELLE
UNE ACTIVITÉ A RISQUE ?
Question. À la fin du conseil municipal de Nanterre, un spectateur a tiré méthodiquement sur les élus : 8 morts et 8 blessés graves. En tant qu’élu, quelle est votre réaction après cette tragédie de Nanterre du mercredi 27 mars 2002 et le suicide du meurtrier Richard DURN ?
Bernard MÉRIGOT. Je suis maire-adjoint de Savigny-sur-Orge depuis 1983 et, à ce titre, j’ai participé, depuis dix-neuf ans, à un total d’un peu plus de 150 réunions du Conseil municipal. Sans compter les conseils syndicaux des syndicats intercommunaux où je siège en tant que vice-président. Certaines séances ont pu être animées. Mais au cours de ces dix-neuf années, je ne me suis jamais senti en danger au cours de ces réunions qui sont toutes publiques.
Quel mot employer pour qualifier un cet acte ?
Acte impensable. Lorsque l’on entend une telle information, on a du mal à réaliser ce qui s’est passé, à se représenter la scène. Comment un élu peut-il imaginer qu’un univers habituel, familier, tranquille, peut se transformer en scène d’horreur ?
Acte inimaginable. Hélas un tel acte n’est pas inimaginable. Des œuvres de fiction de plus en plus nombreuses (films, dessins animés, jeux vidéos, cédéroms…) présentent des scènes de guerre, de violence… de plus en plus réalistes, de plus en plus sanglantes. On ne peut pas affirmer, avec certitude – et en conscience – que cela n’a aucune influence. Ce qui est inimaginable, c’est que l’horreur de la fiction devienne réalité.
Acte inadmissible. Il porte atteinte aux principes d’organisation de notre société, aux principes de la République. La démocratie locale ne peut s’exercer que dans un espace de liberté. Les séances des conseils municipaux sont des lieux où l’on ne peut admettre que la crainte, ou l’insécurité règnent. Elles sont ouvertes, et doivent être respectées par tous.
En tant qu’élu, j’ai une pensée de solidarité pour les victimes et pour leurs familles. Ce sont des collègues élus locaux. Quelle que soit leur appartenance politique (RPR, UDF, Verts, PS, PC…), tous ont été atteints. Quelles que soient les opinions que nous défendons, nous participons aux mêmes réunions, nous nous intéressons aux mêmes choses, nous débattons des mêmes sujets. Nous avons la preuve que nous sommes exposés aux mêmes risques.
Question. Cet événement va-t-il modifier la vie de votre conseil municipal ?
Bernard MÉRIGOT. La dernière réunion du conseil municipal de Savigny-sur-Orge a eu lieu le 22 mars. La prochaine est prévue pour le 7 mai. Je pense que ce sera l’occasion d’observer une minute de silence à la mémoire des victimes et de leurs familles. Les séances des conseils municipaux doivent continuer à se dérouler en toute sérénité.
LE CONSEIL MUNICIPAL,
LIEU DE VIOLENCE ?
Question. Quels remèdes voyez-vous ?
Bernard MÉRIGOT. On peut observer aujourd’hui une banalisation d’actes de violence physique à l’égard d’enseignants, de conducteurs de bus, de fonctionnaires, de pompiers…
Les élus locaux – et les services municipaux – deviennent de plus en plus, aux yeux de certaines personnes qui n’obtiennent pas la satisfaction immédiate de ce qu’ils demandent, les uniques responsables de leur malheur.
Peut-être n’a-t-on pas pris conscience, dans notre société d’aujourd’hui, de la disparition d’un certain nombre de médiateurs naturels qui existaient dans les sociétés traditionnelles ?
Peut-être ne rappelle-t-on pas assez que la vie locale n’est pas possible sans la coopération de tous les habitants, sans les contributions des associations ?
Peut-être faut-il mieux expliquer le fonctionnement, sans cesse complexifié, sans cesse caricaturé par les médias, de nos institutions ?
Peut-être faut-il rappeler davantage qu’il existe un intérêt collectif – celui de la chose publique – qui dépasse les intérêts individuels ?
Les mairies ne sont pas les seules à être dépositaires de l’intérêt collectif. D’autres institutions le défendent. Mais elles sont les plus proches des citoyens. Les plus personnalisées. Les plus exposées.
RÉFÉRENCES
MÉRIGOT Bernard, «Passage à l’acte au conseil municipal de Nanterre».
Le jeudi 28 mars 2002 se tient à la Bibliothèque-Médiathèque André Malraux de Savigny-sur-Orge une exposition d’élèves de classes de cours moyen 2e année de la commune sur le thème de « La seconde vie de nos déchets ». Bernard Mérigot, maire-adjoint, y représente le député-maire Jean MARSAUDON. La tragédie de Nanterre vient d’avoir lieu dans la nuit. Vincent DEBY, journaliste du journal Le Républicain de l’Essonne, l’interroge en tant qu’élu municipal.
COMMENTAIRE du 4 avril 2002

RÉFÉRENCES
Le Républicain de l’Essonne, 4 avril 2002, p. 20.
COMMENTAIRE du 9 avril 2002
L’article publié par Le Républicain reprend de façon très raccourcie les réponses de Bernard MÉRIGOT. Il ne donne qu’un aperçu de ses propos. Il adresse, en date du 9 avril un courrier a tous les membres du conseil municipal de Savigny-sur-Orge ainsi qu’aux associations de la commune.
COMMENTAIRE du 18 novembre 2003
« La violence et l’insécurité dans lesquelles nous vivons – aussi exploitées qu’elles puissent être fantasmatiquement, voire manipulées de manière délibérée – relèvent avant tout d’une question de narcissisme, et sont le fait d’un processus de perte d’individuation. Il s’agit de narcissisme au sens où un homme comme Richard Durn, assassin d’un nous – assassiner un conseil municipal, représentation officielle d’un nous, c’est assassiner un nous – souffrait terriblement de ne pas exister, de ne pas avoir, disait-il, le « sentiment d’exister » : lorsqu’il tentait de se voir dans une glace, il n rencontrait qu’un immense néant. C’est ce qu’a révélé la publication d son journal intime par Le Monde. Durn y affirme qu’il a besoin de « faire du mal pour, au moins une fois dans [sa] vie, avoir le sentiment d’exister ». Richard Durn souffre d’une privation structurelle de ses capacités narcissiques primordiales.
J’appelle « narcissisme primordial » cette structure de la psychè qui est indispensable à son fonctionnement, cette part d’amour de soi qui peut devenir parfois pathologique, mais sans laquelle aucune capacité d’amour quelle qu’elle soit ne serait possible. Freud parle de narcissisme primaire, mais cette expression ne correspond pas tout à fait à ce dont je parle : elle désigne l’amour de soi infantile, une époque précoce de la sexualité. Freud parle aussi de narcissisme secondaire, ce qui survient à l’âge adulte, mais il ne s’agit encore pas de ce que je nomme le narcissisme primordial, qui est sans doute plus proche de ce que Lacan désigne dans son analyse du « stade du miroir ». Il y a un narcissisme primordial aussi bien du je que du nous : pour que le narcissisme de mon je puisse fonctionner, il faut qu’il puisse se projeter dans le narcissisme d’un nous.
Richard Durn, n’arrivant pas à élaborer son narcissisme, voyait dans le conseil municipal la réalité d’une altérité qui le faisait souffrir, qui ne lui renvoyait aucune image, et il l’a massacrée. »
RÉFÉRENCES
STIEGLER Bernard, Aimer, s’aimer, nous aimer, Galilée 2003.
COMMENTAIRE du 29 mars 2012
Le sommeil de la raison engendre les monstres.
« On entend dire, après l’effroyable affaire Merah, que le monstrueux ne connaît pas d’explications. C’est ce qu’a soutenu le rabbin Gilles Bernheim dans Libération, et c’est ce qu’a redit Henri Guaino sur France Culture. Leibniz soutenait au contraire que la conception rationnelle du monde consiste à poser que toute chose a sa raison, c’est-à-dire sa cause – y compris les choses les plus déraisonnables, folles et meurtrières.
Comme le savait Goya, c’est le sommeil de la raison qui engendre les monstres, et c’est encore plus vrai dans le monde contemporain que caractérise l’hyperpuissance des moyens – revolvers 11.43, webcams, médias de masse, robots financiers – et l’impuissance des fins, c’est-à-dire leur perte, qui, faisant perdre aussi la raison, favorise les passages à l’acte en tous genres que provoque une constante excitation de la pulsion de destruction dans un monde devenu lui-même intrinsèquement et tragiquement pulsionnel.
Il y a évidemment un lien entre les massacres commis par Richard Durn (Nanterre, 2002), Anders Breivik (Oslo et l’île d’Utoya, 2011) et Mohamed Merah, et il est très dommageable de ne pas vouloir en entendre parler quand on prétend exercer des responsabilités publiques et civiles.
Nous vivons dans des Cités à la dérive (Seuil, 1971) – livre de Stratis Tsirkas – hantées par d’innombrables individus à la dérive, dont certains passent à l’acte meurtrier sur des fonds transgressifs variés : insultes, viols, violences, désinhibitions, mensonges d’État, tromperies de toutes sortes.»
RÉFÉRENCES
STIEGLER Bernard, « Ces abominables tueries peuvent s’expliquer par la dérive de nos sociétés », Le Monde, 29 mars 2012.
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique