DÉCODAGE
CONTEXTE. Les commentaires médiatiques résument la vie politique nationale et locale en un affrontement entre la « droite » et la « gauche ». Un tel positionnement droite/gauche est simpliste. Peut-on l’accepter pour décrire une réalité au demeurant complexe et mouvante ?
ENJEUX. Nous sommes dans une situation classique qui relève de la théorie des choix restreints : réélire un sortant (ou une sortante), ou voter pour un nouveau candidat (ou une nouvelle candidate) ? En fin de compte, ne vote-on pas à la fois pour les idées qui semblent les meilleures, et pour les candidats qui semblent les meilleurs ?
L’OFFRE ET LA DEMANDE POLITIQUE
La vie politique se compose de deux parts égales : l’offre politique (celle des partis, des programmes, des candidats…) et la demande citoyenne (les attentes, les désirs, les inquiétudes, les revendications…). Comment rendre compte du positionnement des partis au sein du marché concurrentiel de la politique ?
Cartographie du paysage politique français (2011)
Alain COHEN-DUMOUCHEL (1)
(Cliquer sur l’image pour l’agrandir)
Cette carte prétend dessiner le paysage politique français sur deux axes :
• en abscisse, le traditionnel droite-gauche, incontournable curseur médiatique du positionnement politique ;
• en ordonnée, le degré de libéralisme des partis politiques, à savoir l’importance qu’ils accordent à la liberté individuelle ou au dirigisme.
L’auteur précise que :
LIBERTÉ ÉCONOMIQUE (Axe horizontal)
LIBERTÉ INDIVIDUELLE (Axe vertical)
Comme le précise Alain COHEN-DUMOUCHEL, la Cartographie du paysage politique français (2011) n’est pas un diagramme de Nolan, bien qu’il s’inspire de sa méthodologie. David NOLAN, expert en sciences politiques, ancien élève du Massachussetts Institute of Technology (MIT) a eu l’idée de créer un diagramme en ajoutant à l’axe gauche-droite, un deuxième axe liberté-contrainte allant de l’étatisme (point zéro) au libertarianisme. Le diagramme représente les « libertés économiques » (faible niveau des impôts, marché libre, services privés) sur l’axe des abscisses, et les « libertés personnelles » (liberté de circulation, d’opinion, libre disposition de soi) sur l’axe des ordonnées. Plus on s’éloigne du point zéro, plus le positionnement idéologique est favorable à certaines libertés.
LIBERTÉS OU CONTRAINTES ?
Pour Damien THEILLIER, on voit apparaître sur l’axe liberté-contrainte :
VOTER « À DROITE »
OU VOTER « À GAUCHE ?
L’économiste et député Frédéric BASTIAT disait qu’il votait « tantôt avec la gauche, tantôt avec la droite, selon le projet de loi discuté. » Cela ne voulait pas dire qu’il était centriste ou social-démocrate. Frédéric BASTIAT était fermement opposé à tout étatisme, à tout dirigisme quel qu’il soit. Il était favorable à un maximum de libertés économiques et de libertés personnelles compatibles avec le respect d’autrui, car il considérait que l’ordre social pouvait émerger d’en-bas, par l’initiative privée, la coopération sociale et la responsabilité individuelle, avec un minimum de lois.
Question. Que pensez-vous de cette représentation du paysage politique français ?
Bernard MÉRIGOT. La démarche est intéressante et si certains veulent la discuter, qu’ils proposent d’autres représentations. Il est sain d’abandonner la représentation linéaire (la règle graduée droite/gauche, qui ne possède qu’une pertinence journalistique), pour une représentation topologique. Les partis politiques deviennent des surfaces, des espaces qui se touchent, qui se recouvrent les uns les autres, pour partie : l’UMP se superpose au FN et à DLR, DLR à l’UMP et aux Gaullistes de gauche, le MODEM au Nouveau centre et au PS. Pour ce qui le concerne, le PS a un ancrage PCF, LO, NPA, PG, EELV, mais aussi MRC, Gaullistes de gauche et MODEM…
Question. Est-ce que l’on peut dire que tout cela est incohérent ?
Bernard MÉRIGOT. Au nom de quoi réclamer une cohérence ? C’est un artifice. Il y a une plasticité des engagements en fonction des idées et des débats. Pourquoi la vie collective devrait être « cohérente ». Comme le chantait il y a quelques temps Guy BÉART, il y a d’une part les grands principes et d’autre part les grands sentiments. L’important c’est que le plus grand nombre connaisse le bonheur citoyen. (3)
RÉFÉRENCES
1. COHEN-DUMOUCHEL Alain, « Cartographie du paysage politique français », http://www.contepoints.org, 7 novembre 2011. Alain Cohen-Dumouchel anime le site Gauche libérale. Il a été candidat au bureau d’Alternative libérale sur la liste « Pour un libéralisme de progrès ».
2. THEILLIER Damien, «Test politique : positionnez-vous en quelques instants », http://contrepoints.org, 29 décembre 2013.
3. MÉRIGOT Bernard, «Les nouvelles exigences du bonheur citoyen. Voeux 2014», La Lettre de Bernard Mérigot, 1er janvier 2014, 1 p. http://www.savigny-avenir.fr/2014/01/02/les-nouvelles-exigences-du-bonheur-citoyen-la-lettre-de-bernard-merigot-1er-janvier-2014/
La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°74, lundi 13 janvier 2014
Mention du présent article http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique, 2014
Objet peint et objet réel
La braguette de la video-surveillance : fausse façade, vraie camera
Ravalement de la Préfecture de police de Paris, 16 décembre 2013
« Abécédaire photographique de la démocratie »
© BM 2013
LA PRÉFECTURE DE POLICE DE PARIS
EST UN LIEU STRATÉGIQUE
Le bâtiment de la Préfecture de police de Paris occupe un site stratégique, en pleine île de la cité. Il fait face, le long de la Seine, d’un côté à la cathédrale Notre Dame, de l’autre au Palais de Justice et à la Sainte Chapelle. Il est limité par la rue de la cité, la rue de Lutèce, le boulevard du Palais, et le quai du Marché neuf.
En cette fin d’année 2013, une partie des bâtiments est en travaux de ravalement. Un échafaudage a été installé. Il est bâché. Les responsables du chantier ont eu la bonne idée de faire peindre cette bâche en reproduisant la façade qu’elle cache. L’effet artistique est réussi. Les passants contemplent une façade peinte à l’identique de la vraie façade.
LA CAMERA EST UN OBJET QUI VOIT
Seulement, la bâche ne saurait recouvrir les cameras de surveillance fixées sur la façade. Aussi, des ouvertures ont été pratiquées dans la bâche afin que rien n’occulte les objectifs des cameras de surveillance de la rue. La bâche est à la fois fonctionnelle et artistique. La caméra, elle est fonctionnelle. Il s’agit étymologiquement d’une « braguette » (ouverture verticale) qui laisse voir la caméra, un objet qui n’est pas n’importe quel objet : c’est « un objet qui voit ».

La Préfecture de police de Paris
17 décembre 2013
© BM 2013
La démocratie, elle aussi, présente une réalité peinte qui recouvre, presque à l’identique, une réalité matérielle, celle d’objets physiques et d’objets symboliques qui la constituent. Un bulletin de vote, une urne sont des objets physiques. L’égalité de moyens accordé à tous les candidats, le respect des minorités, le droit à la libre expression, l’accès aux documents publics par les citoyens… sont des objets symboliques. Seulement la figuration ne couvre pas toute la réalité. Des ouvertures laissent voir ce qui ne saurait être occulté. Le monde de la vie sociale et politique est hyperréaliste.
RÉFÉRENCES
MERIGOT Bernard, «La Représentation hyperréaliste remet en question l’objet et le réel (Bernard Mérigot)», http://www.savigny-avenir.info, 13 décembre 1972. La peinture hyperréaliste a marqué les années 1970. L’interrogation qu’elle a amené sur l’objet de la représentation artistique a déplacé le rapport au réel, comme l’ont montré Jacques LACAN et Serge LECLAIRE dans le cadre de l’expérience psychanalytique. Elle perdure …
On retrouvera cet article avec le lien suivant : http://www.savigny-avenir.fr/1972/12/13/la-representation-hyperrealiste-remet-en-question-lojet-et-le-reel-bernard-merigot/
La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°71, lundi 23 décembre 2013
Mention du présent article http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819 Dépôt légal du numérique, BNF 2013
L’HYPERPOLITIQUE
A L’ÉCHELON MUNICIPAL
Nous sommes à Savigny-sur-Orge, commune de 37 000 habitants, en novembre 2013. Les élections municipales ont lieu les 23 et 30 mars 2014, dans moins de quatre mois. Laurence SPICHER-BERNIER (UDI), maire de Savigny-sur-Orge, est candidate. Pierre GUYARD (PS) est également candidat.
Le journal Le Parisien du 23 novembre 2013 publie un article sur la gestion de la ville d’Évry. (2)
Laurence SPICHER-BERNIER écrit le 23 novembre 2013 sur son site Facebook un texte.
Et là, d’un coup, nous effectuons un voyage hyperpolitique dans l’espace, dans l’histoire, dans le temps, dans les équipements publics, dans la généalogie. Tout y passe, «la gestion catastrophique» (Ça commence fort), Savigny-sur-Orge, Évry, le maire de Savigny-sur-Orge, le maire d’Évry, Pierre GUYARD, son père Jacques GUYARD, la Chambre régionale des comptes (qui se penche sur Évry, mais pas sur Savigny-sur-Orge…), le gouffre (Ah ! «le bord du gouffre» est bien trouvé, j’ai peur…), la ruine (l’affaire est entendue : la ville d’Évry est ruinée, et la ruine de Savigny-sur-Orge fait partie du programme de Pierre GUYARD…), le prétendant (le mot possède une merveilleuse tonalité amoureuse), la bonne gestion municipale, l’enseignement et les leçons, la phrase et l’antiphrase… L’insinuation est distillée. Intolérable, elle est introduite dans l’avant-dernière phrase. Pour être enfin confirmée in cauda venenum.
DES COMPARAISONS INSENSÉES
IL Y A DES LIMITES
Pas de doute, nous sommes dans l’hyper, dans l’outré, dans l’exagéré. Cela relève du domaine des « maladies de la démocratie ». (4) La démocratie, ce n’est pas dire n’importe quoi sur n’importe quel sujet, porter des jugements sur des situations que l’on ignore, mettre en cause des personnes extérieures, insinuer et attaquer ce que des personnes n’ont pas encore accompli. Faut-il rappeler que « l’art de capter le suffrage et le pouvoir » comporte des limites : il ne saurait justifier toutes les manipulations argumentaires.
POUR DES TECHNOLOGIES POLITIQUES
DIGNES DE LA RÉPUBLIQUE
ARISTOTE explique que la parole politique, c’est-à-dire l’entraînement à former des idées, à les mettre en mots, à les assembler en arguments et à les rendre performants, doit suivre des règles exactes. Pour sa part, Philippe-Joseph SALAZAR conclut par cette réflexion : « Rétablir la République, ce doit être abolir les privilèges de l’hyperpolitique. C’est ouvrir à tous la compréhension de ses technologies abusives et les ramener à des technologies régulées, transmissibles, dignes de la République ». (p.192)
RÉFÉRENCES
1. SALAZAR Philippe-Joseph, L’Hyperpolitique, une passion française, Kilincksieck, 2009.
2. « L’endettement d’Évry est jugé « préoccupant ». L’ancienne ville de Manuel Valls inquiète la chambre régionale des comptes. La municipalité justifie sa stratégie de développement », Le Parisien Essonne-matin, 23 novembre 2013.
3. SPICHER-BERNIER Laurence, www.facebook.com/laurence.spicherbernier, 23 novembre 2013.
4. BENOIST Charles, Les Maladies de la démocratie. L’art de capter le suffrage et le pouvoir, Éditions Prométhée, Paris, 1929.
Mention du présent article http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819 Dépôt légal du numérique, BNF 2013
CHRONIQUE SUR L’HYPERPOLITIQUE MUNICIPALE
Les séances des conseils municipaux sont publiques. Mais qu’est-ce qui est intelligible pour le citoyen lorsqu’il est spectateur de l’exercice quotidien du pouvoir municipal ? Répondre à la question suppose d’analyser la rhétorique que la pratique du pouvoir imposée dans son opposition au désir démocratique espéré.
DÉCODAGE
CONTEXTE. La communauté d’agglomération Les Portes de l’Essonne comprend 102 000 habitants. Elle est composée de cinq communes (Athis-Mons, Juvisy-sur-Orge, Morangis, Paray-Vieille-Poste, Savigny-sur-Orge). Son conseil de communauté est composé d’un certain nombre de délégués (les conseillers communautaires) représentant chaque commune. Ce nombre est modifié pour l’année 2014. Un premier vote a eu lieu lors du conseil de communauté le 24 juin 2013. (1) Chaque commune doit ensuite délibérer pour approuver cette nouvelle répartition. C’était le cas le vendredi 5 juillet 2013 pour le conseil municipal de Savigny-sur-Orge.
ENJEUX. Accord des communes ou désaccord des communes entre elles ? Le choix est stratégique. Il conditionne les rapports de force entre les communes au sein de la communauté durant le prochain mandat 2014-2020. Mais les formes légales sont-elles complétement respectées?
Mairie de Savigny-sur-Orge. Salle du conseil municipal. Vendredi 5 juillet 2013, 8 heures 30 (du matin). La convocation a été adressée à 39 conseillers municipaux. Il y a de nombreux absents… Laurence SPICHER-BERNIER, maire, ouvre la séance. La délibération est intitulée « Nombre et répartition des sièges du conseil de communauté de la Communauté d’agglomération « Les Portes de l’Essonne ». C’est la seule délibération figurant à l’ordre du jour (2). Le maire lit la brève note de synthèse (3).
UNE QUESTION, DES RÉPONSES…
Le conseiller municipal minoritaire Jean-Marc DEFRÉMONT (PS) pose une question au maire. Le maire, Laurence SPICHER-BERNIER (UMP/PR/UDI, CNI…), ne lui répond pas. Elle donne la parole à un fonctionnaire territorial, Jean ARNAUD-GODDET, directeur général des services de la mairie. Voici le dialogue.
« Jean-Marc DEFRÉMONT. Nous n’avons pas d’observation sur le fond de cette délibération. En revanche, il y a une chose qui me surprend, c’est qu’elle n’ait pas fait l’objet préalablement à ce conseil d’une réunion de commission. Vous savez que pour traiter un point à l’ordre du jour, il doit y avoir une inscription. Vous rappelez souvent la loi. La loi existe. Pourquoi n’y a t-il pas eu de commission d’administration générale, dans la mesure où il n’y avait aucune urgence ?
Laurence SPICHER-BERNIER. Monsieur le Directeur des services.
Jean ARNAUD-GODDET. Merci, Madame le Maire. On a déjà répondu en son temps à ce type d’observation. Il se trouve qu’aucune commission n’a compétence en la matière. Par ailleurs, la délibération de la CALPE aurait dû nous être notifiée, ce qui à ce jour n’est pas le cas. Et j’ajoute encore que le conseil communautaire de la CALPE aurait dû faire l’objet d’une publicité dans les huit jours francs comme c’est le cas pour le conseil municipal. Nous n’avons toujours pas reçu le compte rendu.
Laurence SPICHER-BERNIER. Nous passons au vote. »
LA QUESTION
Au sein d’une assemblée délibérante publique, comme un conseil municipal, la question de fond qui doit être posée à propos de ses débats est de se demander si les arguments utilisés par le pouvoir exécutif en place répondent aux questions posées par ses membres.
L‘articulation rhétorique de la question posée est la suivante :
1. Les textes en vigueur prescrivent que toute délibération doit avoir été soumise à une commission municipale préalablement à son vote par le conseil municipal.
2. Or, la délibération qui fixe le nombre des délégués des cinq communes, présentée au conseil municipal du 5 juillet 2013, ne respecte pas cette obligation.
3. Donc, le pouvoir exécutif municipal ne respecte pas les règles qu’il a lui même fixées.
LA RÉPONSE
1. NON RESPECT DU RÈGLEMENT INTÉRIEUR DU CONSEIL MUNICIPAL. Il est étonnant d’entendre que le règlement intérieur du conseil municipal de la commune de Savigny-sur-Orge n’est pas respecté. L’article n° 3 du Règlement intérieur du conseil municipal, voté au cours de la séance du conseil municipal du 20 octobre 2008, est formel. Il établit que « Les délibérations inscrites à l’ordre du jour sont préalablement soumises pour instruction aux commissions compétentes ». Dans le cas présent, il n’y a pas eu ni instruction, ni avis.
2. INCOMPÉTENCES DES COMMISSIONS MUNICIPALES. Il est étonnant d’entendre affirmer qu’aucune commission municipale n’est compétente pour émettre un avis sur le nombre des conseillers communautaires. Rappelons que toutes les commissions municipales sont crées par le conseil municipal. Leurs membres sont élus par le conseil municipal.
On peut lire que la délibération en cause figure sur l’ordre du jour de la séance du conseil municipal de Savigny-sur-Orge datée du 28 juin 2013 sous la rubrique « Administration générale ». Or, il existe précisément dans la commune une commission municipale de l’administration générale qui est donc parfaitement compétente – elle porte le même nom que la rubrique figurant sur l’ordre du jour – pour émettre un avis sur la délibération.
3. AUTO-SAISISSEMENT PAR LE CONSEIL MUNICIPAL. Il est étonnant d’entendre que le conseil municipal délibère… alors que personne ne lui a demandé de le faire. Il s’agit d’un cas d’auto-saisissement par un conseil municipal d’une délibération approuvant celle d’un conseil de communauté, ce qui n’est pas prévu par les textes en vigueur.
4. ABSENCE DE PUBLICITÉ DE LA PART DE LA CALPE. Il est étonnant d’entendre que la communauté d’agglomération n’aurait pas satisfait aux règles de publicité de sa délibération du 24 juin 2013. Il s’agit d’un premier vice de forme de la CALPE. Et le conseil municipal en se prononçant, d’une part sur une délibération viciée, et d’autre part dans des conditions qui ne respectent pas son règlement intérieur, produit deux nouveaux vices de forme. Nous sommes à la fois dans le domaine d’une altération du caractère valable d’une délibération, et dans celui d’une altération de son intelligibilité morale.
L’ADMINISTRATION
DOIT-ELLE REMPLACER LES ÉLUS ?
On remarquera que le maire ne répond pas à une question aussi importante que celle de la représentation de la commune au sein de la communauté dont elle est membre, et laisse ce soin… au directeur général des services de la mairie. Deux observations.
Premièrement, les règles de la démocratie qui s’appliquent aux assemblées délibérantes locales voudraient que lorsqu’un fonctionnaire territorial s’exprime ès-qualité lors d’une séance de conseil municipal, ce soit hors séance. Le maire lève la séance lorsqu’une personne étrangère au conseil municipal s’exprime, et la reprend après qu’il se soit exprimé.
Deuxièmement, un conseil municipal est une assemblée au sein de laquelle ce sont ses membres qui prennent la parole. Pas des personnes qui n’en sont pas membres ! Des élus, et pas des fonctionnaires. Une question sur le budget de la commune ? La parole est au responsable administratif du service des finances ! Et pendant que l’on y est, chaque fois qu’une question est posée sur l’urbanisme, les travaux, le scolaire, le social, le culturel… pourquoi ne pas donner la parole chaque fois aux chefs de service ? Il s’agit d’une dérive qui voit les fonctionnaires municipaux prendre la place des élus.
LA MACHINE ADMINISTRATIVE NOUS FORCE
Le philosophe Philippe-Joseph SALAZAR, rappelant les travaux de Robert HARIMAN, affirme que le style administratif du pouvoir « est fondamentalement une comédie de mœurs : ceux qui sont en position de non-autorité feignent d’avoir du respect ou de la considération pour les détenteurs de position dans l’administration investis d’une mission de service public ou dépositaires de l’autorité publique. » (p. 125). La parole que nous adressons aux administrateurs, et, celle qu’ils nous adressent, « est un mélange incommode d’exigence, de ressentiment, d’hypocrisie et de mauvaise foi, un art public du faux-semblant.»
Philippe-Joseph SALAZAR propose une théorie des technologies morales de l’hyperpolitique, fondée sur quatre scénarios de tension, fondateurs chacun d’une éthique : entre la personne et le rôle, entre l’acte administratif isolé et le système, entre la technique administrative et la parole vive, entre « connaître » et « être au courant ». Sa conclusion est la suivante : « Nous sommes ignorants face à la machine administrative. Sa force est de nous forcer à nous décider, paradoxalement, à la fois « par ignorance et par connaissance de cause. » (p.127) (4)
N’oublions pas que le pouvoir, scénariste de l’idéologie administrative, provient de notre idée même de la rationalité du pouvoir. Or, bien qu’il s’efforce de prouver le contraire, le pouvoir n’est jamais complétement rationnel.
RÉFÉRENCES
1. COMMUNAUTÉ D’AGGLOMÉRATION LES PORTES DE L’ESSONNE (CALPE), « Nombre et répartition des sièges du conseil de communauté, Délibération n°39, Séance du conseil de communauté du 24 juin 2013.
2. COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, Convocation/Ordre du jour du conseil municipal du 5 juillet 2013, 1 p.
3. COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, « Nombre et répartition des sièges du conseil de communauté de la Communauté d’agglomération « Les Portes de l’Essonne », Note de synthèse, Conseil municipal du 5 juillet 2013, 1 p.
COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, Règlement intérieur du conseil municipal, Délibération du 20 octobre 2008, 18 p.
4. On se reportera aux articles déjà publiés sur www.savigny-avenir.info sur le même sujet et notamment sur les ouvrages suivants :
SALAZAR Philippe-Joseph, L’Hyperpolitique, une passion française, Technologies rhétoriques de la domination, Klincksieck, 2009, 198 p.
SALAZAR Philippe-Joseph, Décrypter le discours des puissants, Bourin éditeur, 2011.
SALAZAR Philippe-Joseph, De l’art de séduire l’électeur indécis, Paris, Bourin éditeur, 2012.
La Lettre du lundi de Mieux Aborder L’Avenir, lundi 8 juillet 2013
Territoires et démocratie numérique locale

(Cliquer sur le texte pour l’agrandir)
LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR,
n°46, lundi 8 juillet 2013
Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2013