OBSERVATOIRE DES ÉLECTIONS MUNICIPALES 2014
Existe-t-il un rationalisme démocratique ? Les philosophes de l’état de nature, qui se sont opposés à ceux de l’école du droit naturel, expliquent la création de l’institutionnalisation du social en lui appliquant le célèbre aphorisme de Descartes : « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ».
ENTRER EN SOCIÉTÉ
« C’est parce que chaque individu, dans l’état de nature, est doté d’une raison, que la société civile peut être considérée comme le résultat d’un acte conscient qui consiste à « entrer en société ». Peu importe que celle-ci réponde au besoin d’instaurer une « protection mutuelle », comme HOBBES, qu’elle protège « la propriété de soi-même », comme LOCKE, ou bien encore qu’elle actualise une « nature humaine perfectible », comme ROUSSEAU » écrit Joseph-Yvon THERIAULT. (1)
LA RAISON CALCULATRICE
La sociabilité serait-elle une association fictive qui serait le résultat d’une raison calculatrice ? Bernard MANDEVILLE, au début du XVIIIe siècle, dans son allégorie sur les ruches d’abeilles, s’interrogeait : les vices privés conduisent-ils au bien public ? (2) Les physiocrates postulaient l’existence d’un ordre naturel. Adam SMITH évoquait le rôle d’une main invisible, et Jeremy BENTHAM celui de l’utilité.
DISSOUDRE LE LIEN SOCIAL
RECONSTRUIRE LA CITÉ
C’est en critiquant la généralisation de la vision constructiviste du social, et sa tentative d’application politique, que BURKE suivi par d’autres penseurs de la démocratie, peut dire que chaque nouvelle génération et chaque assemblée délibérante sont à même de dissoudre le lien social et de reconstruire complètement la Cité.
La « dépolitisation progressive de la sphère publique » serait-elle un effet du libéralisme utilitaire ? On peut apporter comme réponse que la construction de la cité est le produit d’un public informé qui fait usage de la raison. Les modalités de cette construction doivent être sans cesse interrogées.
GAGNANT OU PERDANT ?
Chaque candidat à une élection possède en lui-même, et au travers des actions auxquelles il participe, des forces et des faiblesses. Il est confronté à des opportunités et à des menaces qui peuvent soit lui permettre de gagner, soit l’entraîner à être battu. Cette méthode est connue sous le nom anglais de SWOT : « Strengths » (forces), « Weaknesses » (faiblesses), « Opportunities » (opportunités), « Threats » (menaces). Essayons de l’appliquer aux candidats qui se sont déclarés à ce jour pour les élections municipales des 23 et 30 mars 2014 à Savigny-sur-Orge.
LES EFFETS DE LA PROFESSIONNALISATION POLITIQUE
Les électeurs doivent être défendus au même titre que les consommateurs. Joseph SCHUMPETER a été le premier évoquer la professionnalisation du personnel politique et à l’analyser en transposant la logique économique producteur/consommateur au niveau politique : les électeurs devenant des consommateurs de politique, les hommes politiques devenant des producteurs de politique. Ce qui a pour conséquence, comme en économie, d’amener une adaptation de la production politique à la demande politique.
L’histoire de la défense des consommateurs s’est constituée dans les années 1960 aux Etats-Unis. Elle continue de s’écrire, confrontée aux nouvelles conditions de l’hyper consommation numérique. L’histoire de la défense des électeurs demeure à écrire.
Dans de précédents articles, nous avons avancé l’idée que l’existence d’un candidat à une élection ne pouvait se concevoir sans recours aux technologies de la démocratie. Un site Internet, un Facebook, un Twitter, complétés par un recours aux photos et à la vidéo, constituent des standards. La parole, l’écrit et l’image subissent le sort de l’éditorialisation. Des exigences de qualité sont imposées par la demande citoyenne. Elles ne dépendent plus d’un statut amateur/professionnel, ou bénévole/prestataire de service, mais de la qualité d’un « produit » concurrentiel. Les techniques de la démocratie sont occupées soit par le secteur marchand (prestations de service), soit par des pratiques collaboratives.
APPRÉCIATION DES MOYENS
MIS EN ŒUVRE PAR LES CANDIDATS ET LEURS COLISTIERS
Un correspondant, qui se partage entre des parcours en ville et la consultation de son ordinateur, me transmet un pointage concernant l’activité déployée par les candidats (déclarés à la date du 15 février 2014). Ils sont classés à partir de 9 critères (Permanence, Affichage, Tracts, Porte-à-porte, Réunions, Site Internet, Facebook, Twitter) qui tiennent compte à la fois de l’inexistence/existence, de la qualité, de l’adéquation de l’offre politique au regard de la demande citoyenne locale :
0. Qualité amateur/Pas d’intérêt (inexistence ou inconnu), 1. Qualité peu professionnelle /Très peu d’intérêt, 2. Qualité professionnelle/Un peu d’intérêt, 3. Qualité très professionnelle/intérêt. Toutes les observations critiques sont les bienvenues.
Établi à partir des éléments dont notre correspondant a disposé à la date du 15 février 2014. Les élections municipales ont lieu dans cinq semaines, les 23 et 30 mars 2014.
Ce pointage sera actualisé toutes les semaines dans un nouvel article sérié dans la catégorie « Observatoires des élections municipales 2014 ».
Le choix en politique obéit-il à la raison ? Si oui, laquelle ?
RÉFÉRENCES
1. THERIAULT Joseph-Yvon, « La première crise de la raison », in MINGUELEZ Roberto, Politique et raison, Figures de la modernité, Presses de l’université d’Ottawa, 1988. Chapitre « La critique du rationalisme démocratique ».
2. MANDEVILLE Bernard, La Fable des abeilles, (The Fable of the Bees : or, Private Vices, Publick Benefits), 1714 et 1729. La Fable des abeilles développe avec un talent satirique la thèse de l’utilité sociale de l’égoïsme. Il avance que toutes les lois sociales résultent de la volonté égoïste des faibles de se soutenir mutuellement en se protégeant des plus forts. Parue dans un premier temps en 1705 sous la forme d’un poème intitulé « La Ruche murmurante ou les fripons devenus honnêtes gens » (The Grumbling Hive, or Knaves Turn’d Honest).
3. Un argument ad hominem s’attaque non pas à une idée, mais à une personne. Il consiste à confondre un adversaire en lui opposant ses propres paroles ou ses propres actes. Il sert à discréditer des arguments adverses sans les discuter, mais en s’attaquant à la personne qui les présente. Typiquement un argument ad hominem est construit en trois étapes : 1. A affirme une proposition B. 2. A n’est pas crédible pour des raisons liées à sa personne, à ses paroles, à ses actes. 3. Donc la proposition B est fausse.
Les arguments ad hominem circumstantiæ sont ceux consistant à mettre en avant des faits relatifs au passé ou aux convictions d’une personne pour discréditer son point de vue.
L’argument ad hominem, ou ex concessis, est le 16e stratagème recensé par Arthur SCHOPENHAUER dans son ouvrage L’Art d’avoir toujours raison.
« Quand l’adversaire fait une affirmation, nous devons chercher à savoir si elle n’est pas d’une certaine façon, et ne serait-ce qu’en apparence, en contradiction avec quelque chose qu’il a dit ou admis auparavant, ou avec les principes d’une école ou d’une secte dont il a fait l’éloge, ou avec les actes des adeptes de cette secte, qu’ils soient sincères ou non, ou avec ses propres faits et gestes. Si par exemple il prend parti en faveur du suicide, il faut s’écrier aussitôt : « Pourquoi ne te pends-tu pas ? » Ou bien s’il affirme par exemple que Berlin est une ville désagréable, on s’écrie aussitôt : « Pourquoi ne prends-tu pas la première diligence ? »
Sites Internet des candidats (connus à ce jour)
La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°79, lundi 17 février 2014
Mention du présent article http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819 Dépôt légal du numérique, BNF 2014
CONTEXTE. C’est la Lyonnaise des Eaux qui exploite le service public de distribution d’eau potable dans la commune de Savigny-sur-Orge. Cela n’empêche pas la Générale des Eaux (Veolia) de démarcher par courrier des abonnés auxquels elle ne fournit aucune prestation.
ENJEUX. Comment une publicité peut-elle se servir de l’apparence du service public de distribution d’eau pour vendre ce qui est en fait un pur produit d’assurance ?
IMPRESSIONNER L’USAGER
Dans un courrier en date du 18 septembre 2013 adressé à des habitants de la commune, la Générale des Eaux attaque avec une rhétorique de nature à impressionner les habitants de la commune :
« Monsieur Martin,
Si vous êtes propriétaire, vous êtes responsable de la réparation et de l’entretien de vos canalisations. A ce jour, les canalisations d’eau de votre maison située 4 rue des Services publics, ne sont pas couvertes par nos solutions d’assistance en cas de fuite. De plus, le 1er juillet 2013, la loi « Warsmann » n°2011-525 du 17 mai 2011 est entrée en vigueur ». (1)
(Le nom et l’adresse ont été modifiés)
La Générale des Eaux Services propose une assurance de 47,88 € la première année (107,88 € les années suivantes) en décrivant une situation qui ne correspond pas à celle des abonnés de la commune. Les faits qu’elle présente sur la responsabilité du propriétaire et sur les canalisations intérieures sont inexacts.
CONFUSION DES GENRES
Ce courrier de démarchage participe de la lutte acharnée que les grands groupes se livrent pour se saisir mutuellement de parts de marché de leurs concurrents. C’est la guerre. A l’heure de la mondialisation, ils avancent masqués. Ils ne vendent plus des produits de base (l’eau), mais des produits dérivés (des assurances).
Les abonnés aux services publics, d’eau, d’électricité, de gaz… ne se voient plus proposer des services correspondant à leurs besoins (de l’eau, du gaz, de l’électricité…), mais des assurances contre d’hypothétiques inondations, contre d’hypothétiques explosions, contre d’hypothétiques électrocutions… dont on suggère qu’ils seraient responsables. Alors qu’ils sont déjà assurés par leurs assurances personnelles ! Il ne s’agit plus de répondre à des besoins, mais de susciter chez l’abonné une inquiétude pour mieux proposer des produits créés spécialement pour parer la peur créée.
Dans le cas présent, la Générale des Eaux ne vend pas de l’eau, mais une assurance contre des fuites d’eau, dont certaines sont imputables au réseau public de la Lyonnaise des Eaux ! De tels produits n’ont plus rien à voir avec les besoins des usagers. UFC – Que choisir et 60 millions de consommateurs ont appelé à plusieurs reprises à la plus grande vigilance à l’égard de ces publicités de sociétés masquées qui portent sur des produits trompeurs.
QUI SE CACHE DERRIÈRE
« GÉNÉRALE DES EAUX SERVICES » ?
Derrière ce démarchage par courrier des clients de la Lyonnaise des Eaux se cache Doméo, filiale française du groupe britannique HomeServe, fondé en 1993 par l’entrepreneur Richard Harpin, et coté à la bourse de Londres. Doméo est un courtier en assurances, spécialiste de l’assistance d’urgence à l’habitat en France. La société conçoit et commercialise sous la marque de différents partenaires (Veolia Eau, Butagaz, CEG, Vialis…) des contrats d’assistance d’urgence domestique (plomberie, électricité, gaz). Doméo, créée en 2001, est détenue par Proxiserve (Veolia Environnement) à 51 % et par HomeServe à 49 %. Depuis 2011, HomeServe détient 100 % du capital de Doméo.
La société comptait fin mars 2012 près de 900 000 clients, 500 collaborateurs et un réseau de plus de 700 prestataires agréés en France. En France, le siège social de Doméo est à Lyon.
RÉFÉRENCES
1. GÉNÉRALE DES EAUX SERVICES (DOMEO),Courrier circulaire personnalisé en date du 18 septembre 2013, 4 pages.
L’évolution des dénominations du groupe est la suivante :
1853 : Compagnie générale des Eaux.
1998 : Vivendi,
2000 : séparation de Véolia Environnement,
2006 : Vivendi
Les services de gestion de l’eau potable en France se répartissent ainsi en 2008 :
• Véolia Eau France : 39% du marché
• Lyonnaise des Eaux France / Groupe Suez Environnement : 19%
• Saur : 11%
• Autre délégataires de service public : 3%
• Opérateurs publics : 28%
(Étude BIPE/FP2E, janvier 2008, cités par Les Échos, 25 novembre 2008.)
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Mention du présent article http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819 Dépôt légal du numérique, BNF 2013